SITUATION FINANCIÈRE ET ÉCONOMIE ALGÉRIENNES

Difficile, mais surmontable d'ici 2020

30 milliards de dollars d'importations en 2017
30 milliards de dollars d'importations en 2017

Le gouvernement vient de reconnaître en ce mois de décembre 2017, l'échec de la politique des licences d'importation, instaurées en 2016, qui seront supprimées en 2018, excepté pour les importations de voitures.

Dans plusieurs contributions parues au niveau national et international, j'avais mis en garde le gouvernement contre toute précipitation et que cette politique était contre-productive. C'est que le résultat de cette politique comme celle de la règle des 49/51% qui avait pour objectif de diminuer les importations a été mitigé, si l'on prend la période 2016 à 2017, s'étant attaqué faute de vision stratégique, aux apparences et non à l'essence. Pourtant, il faut éviter le tout-sinistrose, l'Algérie ayant les moyens de surmonter cette phase difficile par la mobilisation de toutes les Algériennes et les Algériens sans exclusive au sein d'un large font national, devant privilégier les intérêts supérieurs de l'Algérie et non les intérêts étroits partisans.
En 2016, en termes de couverture des importations par les exportations, les résultats dégagent un taux de 62% contre 67% enregistré en 2015. Les importations algériennes ont diminué de 9,62% par rapport à l'année 2015, passant de 51,7 milliards de dollars US à 46,72 milliards de dollars US. Les exportations ont totalisé en 2016 28,886 milliards de dollars dont les hydrocarbures ont représenté l'essentiel des exportations durant l'année 2016, soit 27,102 milliards de dollars, avec une part de 93,84% du volume global des exportations, et une diminution de 17,12% par rapport à l'année 2015. Les exportations «hors hydrocarbures», dont 60% de dérivés d'hydrocarbures, sont restées marginales, avec seulement 6,16% du volume global des exportations avec 1,78 milliard de dollars US avec une diminution de 9,55% par rapport à l'année 2015. Les importations réalisées au cours de l'année 2016 ont été financées par cash à raison de 59,49%, soit près de 27,8 milliards de dollars US, enregistrant ainsi une diminution de 8,63% par rapport à l'année 2015. Les lignes de crédit ont financé 36,94% du volume global des importations, soit une baisse de 11,36%. Le reste des importations est réalisé par le recours aux autres transferts financiers à raison de 3,57%, soit en valeur absolue de 1,66 milliard de dollars US.
Pour les 11 mois de 2017, toujours selon le Centre national de l'informatique et des statistiques des douanes (Cnis) reprises par l'APS, le taux de couverture des importations par les exportations est passé à 74% contre 64% à la même période de l'année 2016. Les données sur le commerce extérieur font état d'un déficit commercial en baisse de 31.3%, comparativement à la même période de l'année 2016, se stabilisant à 10,7 milliards de dollars. Cela grâce surtout à la hausse du prix des hydrocarbures, données exogènes qui échappent à la gouvernance interne. De ce fait les exportations ont connu les 11 premiers mois de 2017 une hausse de 14%, en s'établissant à 31,19 milliards de dollars (mds usd), contre 27,22 mds usd durant la même période de 2016 où les hydrocarbures représentent l'essentiel des exportations (94,5%) en s'établissant à 29,47 mds usd contre 25,64 mds usd sur la même période de 2016, soit une hausse de 3,8 mds usd, correspondant à une augmentation de près de 15%.

Les autres moyens de paiement
Les exportations hors hydrocarbures sont toujours marginales avec 1,72 mds usd, soit une hausse de 8,26% par rapport à la même période 2016, mais avec plus de 60% de dérivés d'hydrocarbures. Pour le mode de financement des importations, sur les 41,89 mds usd des biens importés, un montant global de 25,45 mds usd a été payé par cash (60,76% des importations globales), les lignes de crédit ont financé un montant de près de 15 mds usd (35,62% des importations), tandis que les comptes en devises propres pour 6 millions usd (0,01%), le reste des importations ayant été financé par le recours à d'autres moyens de paiement près de 1,51 mds usd (3,6% des importations). Ainsi, les importations malgré toutes les mesures inhérentes à la règle des 49/51%, licence d'importation, dérapage accéléré de l'euro, l'Europe représentant l'essentiel des importations de l'Algérie, ont faiblement baissé s'établissant à 41,895 mds usd contre 42,801 mds usd (-2,12%), en baisse de seulement 900 millions de dollars. Pour les onze premiers mois de 2017, il est constaté une hausse de certains produits importés dont, énergie et lubrifiants (carburants) pour 1,78 milliard de dollars, des biens d'équipements agricoles pour 538 milliards de dollars, des biens alimentaires pour 7,75 milliards de dollars et des biens de consommation non alimentaires pour 7,75 milliards de dollars. Avec la suspension à partir de janvier 2018 de l'importation de 1000 produits, de 45 familles n'y a-t-il pas de tensions dans l'approvisionnement, d'accroître la sphère informelle et par là les tensions inflationniste en cas de rigidité de l'offre locale? Concernant les partenaires commerciaux, les cinq premiers clients de l'Algérie, ont été l'Italie avec 5,07 mds usd (16,3% des exportations globales algériennes), suivie de la France avec 3,84 mds usd (12,32%), de l'Espagne avec 3,68 mds usd (11,8%). Quant aux principaux fournisseurs de l'Algérie, la Chine est encore venue en tête avec 7,8 mds usd (18,6% des importations globales algériennes), suivie de la France avec 3,8 mds usd (9,1%), de l'Italie avec 3,35 mds usd (8%), de l'Espagne avec 2,83 mds usd (6,7%).
Ainsi, le déficit global de la balance commerciale a baissé, mais cette baisse n'est pas due essentiellement à une baisse importante des importations, mais grâce à la hausse des prix du pétrole permettant un accroissement relatif des recettes de Sonatrach. Le paradoxe est que l'on fournit à la presse nationale toujours le niveau de la balance commerciale et jamais celle de la balance des paiements. Or, le document permettant une appréciation objective n'est pas la balance commerciale mais la balance des paiements qui en plus de la valeur des importations de biens, prend en compte les services et les transferts légaux de capitaux. Selon les documents du FMI, les sorties de devises des services ont été 10,7 milliards de dollars en 2013, 11,7 en 2014, 11,0 en 2015, 9,9 en 2016 avec une prévision de 10,6 milliards de dollars en 2017, données qui rejoignent celles du gouverneur de la Banque d'Algérie qui avait établi lors de sa présentation à l'APN le dernier trimestre 2017, une sortie de devises de services qui approchait 5 milliards de dollars pour le premier semestre 2017. Le rapatriement légal des bénéfices selon les sources du FMI, a été de 8 milliards de dollars en 2013, 8 en 2014, 6,5 en 2015, 3,1 en 2016 et une prévision de 3,7 milliard de dollars en 2017, prévoyant une moyenne entre 4,5 et 5 milliards de dollars entre 2018-2020. Dans ce cas, au rythme des indicateurs financiers des dix premiers mois de 2017, en toute hypothèse, les sorties de devises sans compter les transferts légaux de capitaux, clôtureraient fin 2017 à plus de 45 milliards de dollars de biens,,un milliard de dollars de moins qu'en 2016,, plus de 10 milliards de dollars (services) soit 55 milliards de dollars et tendant vers 58 milliards de dollars avec les sorties légales de capitaux. Or, bon nombre d'opérateurs étrangers, selon la presse nationale et internationale, n'ont pas été encore payés, notamment dans le Btph, ce qui donnera un montant de sorties de capitaux plus important que celui déclaré fin 2017, avec un impact sur le niveau des réserves de changes. Ce montant de sorties de devises en 2017 correspond pour l'équilibre à un baril variant entre 75/80 dollars le baril (le ministre des Finances avance 70 dollars), pour éviter des tensions au niveau de la balance des paiements, un effort ayant été réalisé puisque pour 2014/2015, l'équilibre selon le FMI variait entre 110/115 dollars.
Le montant des réserves de changes est passé de près de 194 milliards de dollars au 1er janvier 2014 et clôturerait entre 94/96 milliards de dollars fin 2017 avec une dette extérieure inférieure à 6 milliard de dollars. Face à cette situation qui prélude à d'importantes tensions budgétaires entre 2018/2020, ne devant plus se faire d'illusion d'un cours supérieur à 80 dollars, (selon le FMI, un cours du baril de 56/57 dollars à prix constants -2018), sous réserve d'une discipline des accords Opep/non-Opep, il y a pour l'Algérie, urgence de profondes réformes structurelles afin d'engager le pays vers une nouvelle orientation de la politique socio-économique permettant de dynamiser les sections hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales. Faute de quoi le retour au FMI, ce qu'aucun patriote ne souhaite, est inéluctable vers 2020 avec un épuisement progressif des réserves de changes qui tiennent actuellement la cotation du dinar officiel, le risque étant 200 dinars un euro et 250/300 dinars sur le marché parallèle et surtout des incidences sociales internes et géostratégiques. Car il faut être réaliste: comment financer, sans un partenariat gagnant /gagnant, supposant de profondes réformes structurelles qui dépendent avant tout des Algériens, si l'on veut attirer les capitaux étrangers, pour les seuls projets selon leurs programmes rendus publics entre 2017/2022, de Sonelgaz, 100 milliards de dollars sur les 10 prochaines années, (en déficit structurel) supposant la garantie de l'Etat et les 100 milliards de dollars de Sonatrach sur les cinq prochaines années, (seule société présentant des garanties) sans compter les autres secteurs. Or, les recettes de Sonatrach fluctueront entre 34/35 milliards de dollars/an en cas d'un cours supérieur à 55 dollars, le prix du gaz traditionnel connaissant une baisse importante, devant ne pas confondre chiffre d'affaires avec le profit net, résultat de la déduction des coûts, sans compter pour le partenariat le rapatriement des profits?
L'Algérie a besoin d'une vision stratégique qui fait cruellement défaut. Il était prévu selon les déclarations officielles de certains responsables, reprises par l'APS qui vivaient dans l'utopie, 30 milliards de dollars d'importation de biens pour 2017, montant à nouveau prévu pour une baisse des importations à 30 milliards de dollars en 2018, mais ne concernant uniquement que les biens et non inclus les services. Or, selon l'ONS, le tissu économique global est constitué à plus de 80% de petits commerces-services et que le secteur industriel en 2016 représente 6% du produit intérieur brut(PIB) et que sur ces 6%, 95/97% sont des PMI-PME peu innovantes incapables d'exporter. Le ministre du Commerce prévoit par ailleurs pour plusieurs centaines de produits la fin des importations misant sur une économie d'environ 1,5 milliard de dollars. Mais ce montant est gonflé, devant établir la balance devises, puisque la production nationale dépend pour plus de 75% de produits intermédiaires importés, la baisse de la valeur des produits finis étant contrebalancée par la hausse de la valeur des importations des inputs.

L'Algérie sera un des plus grands pôles industriels en Afrique
Le cas le plus concret étant le montage des voitures où les inputs malgré la limitation à cinq constructeurs risquent de connaître une hausse en valeur, sans pouvoir exporter si elles ne s'adaptent pas au nouveau marché mondial: voitures hybrides ou solaire, la Chine ayant décidé de réduire de plus de 50% en 2020 les voitures fonctionnant à l'essence et au diesel. Par ailleurs avec le dérapage du dinar tant par rapport au dollar qu'à l'euro, cela n'a aucunement influencé le prix qui connait une hausse indispensable si l'unité veut couvrir ses charges.
En résumé, arrêtons ces contre-vérités et déclarations démagogiques et irréalistes: «l'Algérie sera un des plus grands pôles industriels en Afrique grâce au ciment, le fer et le montage des voitures», et ce sans vision stratégique au sein des filières internationalisées en perpétuelle mutation grâce à l'innovation permanente (la destruction créatrice pour reprendre le grand économiste Joseph Schumpeter). Cela nous fait penser à ce slogan utopique des années 1970, «l'Algérie sera le Japon de l'Afrique en 1980». Or le monde est à l'aube de la quatrième révolution industrielle fondée sur la bonne gouvernance (bonne gestion et moralité) et surtout la ressource humaine, (devant réhabiliter les compétences locales et celle de notre émigration), richesse plus importante que toutes les ressources naturelles car une Nation sans son élite, c'est un corps sans âme. En bref, évitons le tout-sinistrose et ayons un langage de vérité: sous réserve de profondes réformes structurelles, l'Algérie a l'ambition de ses moyens, connaissant certes, une situation financière difficile, mais non insurmontable.