POUR LES FUTURS ENJEUX GÉOSTRATÉGIQUES

Ce dont a besoin l'Algérie

L'objectif stratégique est que l'Algérie devienne un pays pivot au sein de l'espace méditerranéen et africain
L'objectif stratégique est que l'Algérie devienne un pays pivot au sein de l'espace méditerranéen et africain

Depuis quelques mois, certains médias étrangers versant dans la sinistrose, affirment que l'Algérie va droit dans le mur horizon 2020-2022, par une déflagration sociale et qu'elle sera un danger potentiel de la déstabilisation de toute la région africaine et méditerranéenne par un afflux d'émigrants algériens vers l'Europe.

Il s'agit ni de verser dans la sinistrose ni dans l'autosatisfaction, mais simplement de réaliser une analyse objective en privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l'Algérie face à un bouleversement géostratégique sans précédent. Son Excellence Monsieur le président de la République n'a pas besoin de soutiens en contrepartie d'une rente permettant des enrichissements qui nuisent à la crédibilité de l'Algérie, soutiens douteux qui démotivent la population, mais d'agir pour faire de l'Algérie un pays émergent par la création de valeur ajoutée interne par plus de moralité et un discours de vérité. Car sans démagogie, je suis persuadé que l'Algérie, facteur de stabilisation de toute la région méditerranéenne et africaine est un grand pays, a toutes les potentialités de relever les nombreux défis, de démentir ce scénario catastrophe que nul patriote ne souhaite, sous réserve d'une nouvelle gouvernance et d'une mobilisation de toutes les forces sociales Objectivement, tout ce qui a été réalisé entre 1963 et 2018, après une destruction massive des infrastructures et le gel de l'économie pendant une décennie de 1990-1999, n'est pas totalement négatif, des réalisations et des insuffisances qu'il s'agit de corriger. Nous assistons, faute d'une communication intelligente, à un gouvernement et certains ministres passifs qui ne savent pas défendre leur bilan, même positif pour certains segments. Face à cette passivité, la nature ayant horreur du vide, à des discours de sinistrose «l'Algérie serait en totale déflagration sociale, un bilan totalement négatif de la période 2000-2017», ce qui donne une image négative tant au niveau national qu'international faisant fuir les investisseurs potentiels qui ont besoin de confiance. Car le bilan de la situation socio-économique est connu ayant dirigé un rapport complet pour le compte du gouvernement, horizon 2020-2025 en février 2015 avec des solutions concrètes et souvent relaté dans plusieurs de mes contributions et de deux audits réalisés sous ma direction, assisté de 20 experts nationaux et étrangers remis au Premier ministre. Nos responsables à l'ère de l'Internet, du digital et de l'intelligence artificielle, doivent s'éloigner de discours démagogiques auxquels plus personne ne croit. Le président de la République n'a pas besoin de soutiens de ceux incapables de mobiliser parfois leurs propres familles, en contrepartie de la rente et d'enrichissements douteux qui nuisent à la crédibilité de l'Algérie: je suis contre des marchés publics et des prêts bancaires de banques publiques bonifiés. Ce genre de soutiens démotivent la population, alors qu'ils s'agit d'avoir des organisations crédibles qui ont une moralité, mobilisant la société pour faire de l'Algérie un pays émergent par la création de valeur ajoutée interne, par des discours de vérité, surtout en ces moments de grands bouleversements géostratégiques qui menacent l'intégrité de la nation.
Car la réalité est qu'environ 83% de la superficie économique sont constitués de petits commerces-services, le secteur industriel représentant selon l'ONS 6,3% du produit intérieur brut entre 2016-2017 et sur ces 6,3%, 97% de petites entreprises peu innovantes. Les recettes en devises directement et indirectement avec les dérivées à 97% sont le fait des hydrocarbures. Sonatrach c'est l'Algérie et l'Algérie c'est Sonatrach. C'est la rente des hydrocarbures qui a contribué à l'importante dépense publique entre 2000-2017 et donc sur le taux de croissance et le taux d'emploi. Comme je viens de le relater dans une longue interview à American Herald Tribune le 11 août 2018, il ne s'agit pas de dresser un énième bilan. Bien qu'un effort important ait été réalisé puisque les sorties de devises entre les importations de biens, de services, (fluctuant entre 10/11 milliards de dollars par an entre 2010-2017) sont passées à plus de 70 milliards de dollars en 2014/2015 à 60 milliards de dollars en 2016 et 57/58 milliards de dollars en 2017, la baisse des importations de biens malgré toutes les mesures n'ayant baissé que d'environ un milliard de dollars entre 2016-2017 et certainement encore un milliard de dollars entre 2017-2018. Alors que les recettes en devises ont été de 29 milliards de dollars en 2016 et environ 34 milliards de dollars pour 2017. Quant à l'économie en devises annoncée de 1,5 milliard de dollars/an suite aux interdictions d'importation, il faut éviter des solutions à des problèmes mal posés, reposant sur l'hypothèse de la dynamisation du tissu productif interne qui fait cruellement défaut. Et ce afin d'éviter l'épuisement des réserves de changes qui sont passées de 195 milliards de dollars en janvier 2015 à 97 fin 2017 et qui termineront à environ 82/83 milliards de dollars fin 2018, donnant un répit de trois ans.
Concernant justement un autre discours de certains responsables qui ne savent pas communiquer, concourant à la sinistrose, il n'a jamais été question de supprimer les subventions aux plus défavorisés, mais de les cibler, contrairement aux annonces dans la précipitation. Comme je l'ai démontré clairement dans une interview à la radio publique Radio Algérie Internationale «face aux tensions budgétaires, quelle politique de subventions pour le gouvernement» cette opération complexe ayant des incidences économiques sociales et politiques, non maîtrisées, source de vives tensions sociales, est techniquement impossible sans un système d'information fiable en temps réel, mettant en relief la répartition du revenu national par couches sociales et par répartition régionale et sans quantifier la sphère informelle qui permet des consolidations de revenus». Comme contrairement à certains discours, il n'a jamais été question de s'attaquer à l'Europe qui est un partenaire stratégique pour l'Algérie, autant que les USA, la Chine et la Russie, contrairement à ce qui a été rapporté par une certaine presse. La position officielle de l'Algérie est reflétée par les différents communiqués du ministère des Affaires étrangères. Selon nos sources, dans la pratique des affaires, il n'existe pas de sentiment, l'Algérie via Sonatrach entend défendre ses propres intérêts comme l'Europe entend défendre les siennes. Bien que la majorité des contrats à long terme expire vers 2019-2020, l'Algérie entend respecter ses engagements internationaux pour l'approvisionnement en gaz de l'Europe à travers les canalisations Medgaz via l'Espagne et Transmed via l'Italie qui est la plus grande canalisation. Etant entendu que les investissements dans le gaz sont des investissements lourds et à maturation lente. Autre désinformation: il n'a jamais été question de privatiser Sonatrach, mais de la rendre plus performante grâce à un nouveau management stratégique à l'horizon 2030 reposant sur la ressource humaine pilier du développement. Cela passe par la nécessaire révision de la loi sur les hydrocarbures de 2013 afin de l'adapter aux nouvelles mutations mondiales dans le cadre d'un bouquet énergétique (mix énergétique).Cela implique un assouplissement de son volet fiscal, loi élaborée au moment où le cours dépassait 100 dollars le baril. Quant au pétrole et gaz de schiste, dont j'ai l'honneur de diriger l'audit pour le compte du gouvernement, l'Algérie qui possède le troisième réservoir mondial (près de 20 000 milliards de mètres cubes gazeux selon une étude américaine), selon le ministre de l'Energie, les négociations, notamment avec d'importants partenaires étrangers dont Exxon Mobil, Total, Schell, etc..., l'Algérie est uniquement en phase d'exploration et non d'exploitation. La rentabilité sous réserve de la préservation de l'environnement de l'eau, (de nouvelles techniques étant prévues horizon 2020, économisant l'eau et l'injection de produits chimiques), et d'une large implication de la société civile, parallèlement aux énergies renouvelables incluses dans le bouquet énergétique de l'Algérie, ne se fera pas avant sept années selon le ministre de l'Energie.
Il s'agit maintenant pour les responsables algériens, dont certains vivent encore à l'ère matérielle des années 1980-1990, de s'adapter au nouveau monde et d'entrevoir une véritable stratégie collant tant aux mutations internes qu'externes dans le cadre des valeurs internationales. Cela implique de profondes réformes institutionnelles (rendant urgent un grand ministère de l'Economie regroupant Commerce-Finances) et micro-économie conciliant le cadre macro-économique et macro-social dans un cadre décentralisé (couple efficacité économique et justice sociale, pas égalitarisme). Il s'agit donc d'aller vers la bonne gouvernance, la valorisation de l'économie de la connaissance étant à l'aube de la quatrième révolution économique mondiale (dont l'intelligence artificielle), de libérer les énergies créatrices en levant aux entreprises publiques, privées nationales/internationales toutes les contraintes d'environnement - bureaucratie- système financier-système socio-éducatif et l'épineux problème du foncier. Une société n'est jamais inerte. Elle est toujours en mouvement portée par des forces sociales, économiques et politiques. Comme j'ai eu souvent à l'affirmer dans deux entretiens à la Chaîne 3 avec Souhila Hachemi, (voir YouTube 23 avril 2017 et 20 juin 2017), l'Algérie contrairement aux discours pessimistes démobilisateurs, connaissant certes une situation difficile, «ne traverse pas une crise financière, mais une crise de gouvernance «. Il s'agit de lutter contre les surcoûts, la corruption et le gaspillage devant mettre fin au cancer de l'économie de la rente qui se diffuse dans la société source d'inefficacité économique et d'injustice sociale.
La situation peut être maîtrisable, sous réserve d'une plus grande rigueur budgétaire renvoyant au mode de gouvernance. Les politiques doivent éviter, sous la pression des évènements, des solutions hâtives à des problèmes mal posés.
Les économistes et les politiques doivent reconnaître leurs limites ayant besoin de connaître les mouvements historiques, anthropologiques et sociologiques des forces sociales, donc de connaître la société avant d'élaborer une politique économique qui n'a aucun sens sans cette analyse. Le lieu du dialogue naturel est le Conseil économique et social consacré par la nouvelle Constitution qui devrait regrouper les meilleures compétences et toutes les composantes de la société représentatives, malheureusement gelé depuis des années.
En conclusion, l'objectif stratégique 2018-2025-2030 sera de dépasser le statu quo actuel afin que l'Algérie devienne un pays pivot au sein de l'espace méditerranéen et africain.
L'Algérie, facteur de stabilisation de toute la région méditerranéenne et africaine, est un grand pays et a toutes les potentialités pour relever les nombreux défis