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JOURNÉE NATIONALE DE L'IMMIGRATION

Afin que nul n'oublie

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Afin que nul n'oublie

Pour que nul n'oublie les sacrifices consentis par notre communauté nationale établie en France et ailleurs, sa participation active et engagée dans la guerre de Libération nationale, l'Algérie célèbre dans le recueillement et la ferveur la Journée nationale de l'immigration, correspondant cette année au 57ème anniversaire des manifestations du 17 Octobre 1961.

Ce jour du 17 Octobre 1961, à l'appel des responsables locaux de la révolution, les membres de la communauté algérienne établie en France et plus particulièrement à Paris, ont été appelés à manifester pacifiquement contre la décision des autorités françaises d'instaurer un couvre-feu raciste imposable aux seuls «Français musulmans d'Algérie», soit les Algériens. Cette manifestation pacifique a été violemment réprimée et noyée dans le sang par la police française qui a mobilisé pour ce faire plus de huit mille policiers, faisant des centaines, si ce n'est des milliers, de morts et de blessés parmi les membres de notre communauté, dont beaucoup de femmes et d'enfants.
Notre mémoire collective inscrit ces massacres dans la très longue et honteuse liste de crimes commis impunément par le système colonial durant les 132 ans d'occupation étrangère de notre cher pays.
Les massacres du 17 Octobre 1961 réunissent à eux seuls toutes les caractéristiques du système colonial contre lequel les Algériens sont sortis manifester ainsi que toute la mesure de la solidité des liens qui unissent notre communauté en France à leur pays et à sa juste lutte pour l'indépendance et le recouvrement de la souveraineté nationale.
C'est ainsi que le recours à un couvre-feu raciste imposé aux seuls «Français musulmans d'Algérie» participe en fait de la politique ségrégationniste appliquée depuis 1830 en Algérie, ses promoteurs ignorant, encore une fois, que ni cette politique ni tous les couvre-feux appliqués sur la terre algérienne n'ont dissuadé le peuple algérien, comme sa communauté en France, de douter de sa cause ou de reculer dans la défense de celle-ci.
De son côté, la violence utilisée contre les civils désarmés découle d'une règle dont le système colonial ne s'est jamais départi pour se maintenir durant les 132 ans de colonisation; les massacres du 8 Mai 1945 en sont une autre illustration parmi les milliers de massacres commis et qui sont un signe distinctif de l'occupation coloniale de l'Algérie et auxquels l'Histoire doit rendre justice.
De même, les disparitions, la torture et les exécutions sommaires constituent une reconnaissance et une simple transposition de la pratique généralisée de ces ignominies dans l'Algérie combattante, pour être appliquées dans la capitale même de l'ordre colonial génocidaire, là aussi avec l'approbation et la couverture des plus hautes autorités sans réserves ni retenue morale ou légale. Les déportations massives réalisées vers l'Algérie dans le sillage de la répression des manifestations du 17 Octobre ont été une autre forme d'élimination physique de centaines, si ce n'est de milliers, de militants actifs de la cause nationale.
Il en est ainsi aussi des rafles massives pour lesquelles des milliers de policiers ont été mobilisés au coeur de Paris, rafles qui symbolisent à elles seules des méthodes désespérées ne tenant aucun compte et ne tirant aucune leçon de l'échec patent en Algérie des camps de concentration, connus sous l'appellation trompeuse de camps d'internement, et des vaines tentatives d'extermination du peuple algérien que ces camps représentaient.
Il y a également ce mépris déclaré de l'ordre colonial vis-à-vis de la sacralité de la vie de personnes innocentes dont le seul tort avait été de demander la liberté et la dignité ou de soutenir pacifiquement cette demande, mépris réservé aussi à leurs dépouilles. En Algérie, celles-ci sont jetées dans les fosses communes dans un anonymat criminel et à Paris elles sont jetées dans la Seine, dans les deux cas dans une tentative désespérée de cacher des crimes que la conscience, la morale et le droit condamnent et que la mémoire des peuples éprouvés garde vivaces pour l'éternité.
Comme le fait la terre algérienne à ce jour avec la découverte cyclique de fosses communes, et plus encore demain, tellement sont nombreux les génocides commis par le colonialisme, la Seine a préféré garder sa pureté et son innocence en exposant à toute l'humanité les horreurs que la France colonialiste lui demandait de faire disparaître.
Il y a aussi l'aveuglement du colonialisme face, à la fois, à l'amour profond que nourrissent le peuple algérien et sa communauté vivant en France pour leur pays et à leur détermination à consentir tous les sacrifices possibles pour son indépendance.
Comme il a ignoré l'appel du 1er Novembre 1954 en faveur du recours aux voies pacifiques pour permettre aux peuples algérien et français de faire l'économie d'une guerre dévastatrice, le colonialisme a aussi volontairement ignoré que la manifestation du 17 Octobre 1961 a été voulue par ses organisateurs pacifique, sans armes devant se dérouler dans une ambiance et des costumes de fête. Il a, tout autant, sous-estimé l'implantation de la révolution, de ses structures et de ses messages dans les coeurs et dans les esprits des membres de la communauté algérienne, dont l'écrasante majorité, parmi les 180 000 ressortissants qui résidaient alors dans la région parisienne, a répondu à l'appel de la direction révolutionnaire.
Il y a également le refus des autorités françaises de l'époque d'autoriser une enquête indépendante, mais en fallait-il une pour se convaincre de l'acharnement colonialiste contre le peuple algérien et sa légitime revendication pour l'indépendance, ou de sa responsabilité politique dans les crimes commis ce 17 Octobre 1961 ou encore de l'ampleur des horreurs infligées à notre communauté? Certainement pas.
Les manifestations du 17 Octobre 1961 sont à inscrire au registre des grandes mobilisations du peuple algérien, avec leurs lots de sacrifices suprêmes et de chouhadas. Ces manifestations ont contribué à anéantir à jamais le rêve des ennemis de l'Indépendance nationale, comme elles ont confirmé la faillite et la fin du système colonial en Algérie et ailleurs à travers l'Afrique et le monde, et accéléré le processus de négociation sur le recouvrement de la souveraineté nationale alors en cours à Evian.
Partie intégrante de la communauté nationale, nos compatriotes résidant à l'étranger jouissent eux aussi de toute l'attention de l'Etat qui ne ménage aucun effort auprès des pays de leur résidence pour préserver et défendre leurs droits et leur dignité. La Constitution algérienne a ainsi consacré, pour la première fois, dans sa révision de 2016, une disposition dans son article 27, dédiée exclusivement à la défense des droits et de la dignité de la communauté nationale établie à l'étranger et ainsi qu'à la nécessité de déployer tous les efforts pour sa mobilisation et sa contribution au développement de la mère patrie. Les préoccupations de notre communauté à l'étranger sont aussi prises en charge par l'adoption de mesures destinées à répondre autant que faire se peut à ses attentes légitimes et à l'associer pleinement à la vie de la nation dans ses différentes dimensions ainsi qu'à la dynamique nationale de développement du pays.
Parmi ces nombreuses mesures, les plus récentes ont été les décisions de M.Abdelaziz Bouteflika, président de la République, donnant la possibilité aux mem-bres de notre communauté installée à l'étranger de bénéficier, au même titre que leurs compatriotes résidant au pays, des avantages liés aux différents dispositifs de promotion immobilière, y compris ceux relevant des pouvoirs publics, ainsi que des dispositifs d'aide à la création de microentreprises (Ansej).
L'Etat a aussi décidé de promouvoir la mise en place à l'étranger de filiales des banques algériennes pour mieux servir notre communauté et ses projets d'investissements en Algérie, lesquels bénéficieront des facilités offertes par l'Agence nationale pour le développement des investissements, Andi. En ce jour historique du 17 Octobre, l'Algérie tout entière s'incline à nouveau, avec respect et considération, devant la mémoire de nos compatriotes membres de notre communauté en France, tombés au champ d'honneur, victimes de la haine non contenue d'une police mise au service d'un système colonial agonisant et déjà définitivement condamné par l'Histoire.

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