Nait Mazi, un homme, un style

On peut porter les meilleurs costumes du monde et s'habiller des plus beaux tissus, si on n'a pas la classe qui va avec, on ne sera jamais qu'un boudin drapé de deux-pièces et d'un gilet, la couture comprise... Noureddine Naït Mazi n'avait pas besoin d'être élégant pour en jeter, sa classe naturelle lui servait amplement de griffe. Et il en imposait, le bougre. Tous ceux qui l'approchaient étaient frappés par l'extraordinaire rayonnement qui irradiait de sa personne. Particulièrement les visiteurs qui venaient le solliciter à El Moudjahid.
Quant aux journalistes qui traînaient la patte, ils doivent sûrement se souvenir aujourd'hui de ses gueulantes mémorables dans les couloirs de la rédaction. La plupart des cadres qui dirigent actuellement la presse privée ont été à son école et formés par lui. Discret, efficace, l'homme donnait tellement de sa personne qu'il a fini par être confondu avec son canard. Lorsqu'on parlait d'El Moudjahid dans les années 1970, c'est à Naït Mazi que l'on pensait d'abord et lorsqu'on parlait de Naït Mazi, c'est à El Moudjahid que l'on pensait toujours. Ils étaient indissociables. D'ailleurs, tous les ministres qui se sont succédé à l'information lui sont gré d'une chose, avoir su gérer et préserver la ligne éditoriale d un journal qui était la voix de l'Algérie. Au point que l'un d'eux qui voulait à tout prix le garder à son poste lui a dit: «Après tout, Beuve-Mery a dirigé le journal Le Monde pendant trente ans».
Ouvert au dialogue mais cassant quand il s'agit de l'essentiel, Naït Mazi fait partie de ces hommes qui ont fait ce pays au moment où tout était à faire. Sans rechigner, comme un brave soldat. Et parce qu'il a été précisément un soldat de la construction en restant volontairement dans l'ombre qu'il a droit aujourd'hui à toute la lumière et à toute la reconnaissance de ses pairs. J'ai travaillé sous ses ordres pendant 20 ans et j'en suis fier. Son heure de gloire est enfin arrivée.