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Tous des braves types!
27 Août 2007
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la mort est une chose naturelle. Tout le monde en convient. Cependant, il y a des gens qui acceptent avec «philosophie» cet inéluctable moment qui vient mettre un terme à une vie ou marque pour certains une césure importante dans le destin d’une personne: ceci pour ceux qui croient en une vie dans l’au-delà. Par contre, il y a des gens qui n’arrivent pas à se faire à l’idée qu’un jour ils devraient quitter ce bas monde. Ils n’acceptent pas le fait, qu’ils soient riches ou misérables, qu’un jour ils devraient cesser de respirer l’air pur ou l’air pollué, de jouir de la vue des choses belles ou laides, qu’ils ont le plaisir d’aimer, de haïr ou de mépriser...
Ce sont des gens qui n’ont pas été atteints par ce qu’on appelle la sagesse, c’est-à-dire l’art de s’accommoder à ce à quoi on ne peut pas échapper. Mais quand même, les plus sages envisagent leur trépas avec le souhait modeste et vain de pouvoir disposer du privilège de «revenir» de temps en temps pour «jeter un coup d’oeil» sur ce qui se passe ici-bas.
Les plus soucieux aimeraient voir évidemment ce qui se passe chez eux, le comportement de leur progéniture et de leur conjoint, enfin l’ambiance générale qui prévaut au sein de la famille qui a juré un deuil éternel à l’enterrement du cher disparu. Les plus consciencieux, ceux qui ont toujours souhaité qu’on garde une bonne image d’eux, ceux qui ont soigné comme ils peuvent leur réputation et qui ont pesé tous les jours qu’ils peuvent leurs paroles et leurs actes, aimeraient savoir ce que l’entourage ou l’opinion dira d’eux, une fois partis. Evidemment, on passera rapidement sur les quidams qui ne survivent que dans la mémoire de quelques proches.
Attachons-nous plutôt aux hommes célèbres, qu’ils soient politiques ou artistes, aigrefins ou philanthropes célèbres: la mémoire collective gardera une image changeante comme ces photographies de mauvaise qualité dont l’émulsion se dilue petit à petit dans le gros grain ou le jaunissement. Tel homme politique, qui a sévi durant tout son mandat contre la classe ouvrière, qui a mené une vie de pacha quand l’ouvrier ou le salarié sont menacés chaque jour de chômage, de surendettement ou d’expulsion de leur logement, est vite reconnu comme un excellent homme d’Etat une fois qu’il a avalé son bulletin de naissance. On a oublié l’inflation et le gonflement des chiffres du chômage, la chasse au faciès dans les couloirs du métro, durant son mandat. C’est fini, il est mort. C’est un brave type. D’ici peu, il sera canonisé. Il en est de même pour l’artiste qui a souffert du mépris, de la censure, de la faim quand il proposait ses oeuvres aux marchands du Temple. Une fois mort, ces mêmes marchands le mettent au pinacle, ne jurent que par lui et citent à qui mieux mieux ses «sorties» célèbres.
En un mot, il suffit de renvoyer le lecteur à la chanson de Brassens Le Temps qui passe, pour comprendre que les morts sont tous des braves types.

Mirou


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