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Les plaies de la santé publique
06 Septembre 2007 Lu 716 fois
Enfin l’objectif s’affiche au grand jour. Il aura fallu des années de contorsions, de feintes, de chuchotements et de louvoiements pour oser appeler la chose par son nom. Depuis mardi dernier, l’hôpital privé n’est plus un tabou en Algérie. Le décret exécutif visant l’organisation et le fonctionnement des hôpitaux privés est passé ce jour-là en Conseil de gouvernement. L’événement est majeur et à haute valeur symbolique. Voilà 18 années que la libéralisation du marché est effective pour tous les domaines d’activités sauf pour la médecine. 18 années, où par petites touches de petites privatisations comme les cabinets médicaux, les officines de pharmacies ou les cliniques privées, pour arriver enfin au cas des établissements hospitaliers. Cela n’a pas été facile car c’est le dernier bastion de la médecine gratuite qui vaut son pesant d’idéologie pour les tenants des acquis de la Révolution. C’est pourquoi d’ailleurs, du temps où le professeur Redjimi était ministre de la Santé, fut lancé le concept de la contractualisation des hôpitaux. Un mot barbare qui veut dire que seuls les assurés sociaux ne paieront pas les frais d’hospitalisation. Histoire de faire passer à la caisse les autres, tout en promettant des cartes d’indigents pour les démunis que ces derniers attendent toujours, et ainsi casser le tabou par petits bouts. Visiblement, tout danger de réaction hostile est écarté bien que entre le dire d’aujourd’hui et le faire, il se passera beaucoup de temps. Des mois, voire plus. Après le Conseil de gouvernement, viendra le passage devant le Conseil des ministres pour enfin passer le décret devant les deux chambres. Un temps qui sera mis à profit pour intégrer la privatisation dans le conscient collectif des Algériens. Un débriefing d’une longue période socialiste dont les séquelles sont encore visibles. Pourquoi tout ce temps et toutes ces précautions pour entreprendre quelque chose que la loi fondamentale reconnaît depuis 1989? On sait par expérience qu’une rupture brutale est à très hauts risques. L’ouverture démocratique sans transition a coûté la vie à plus de cent mille citoyens. Voilà pourquoi toutes les réformes engagées par le président Bouteflika sont appliquées à doses homéopathiques. Voilà pourquoi on a mis 18 années pour aborder clairement le sujet des hôpitaux privés. Quoiqu’il faille aussi préciser qu’il ne s’agit pas seulement d’autoriser le privé à construire des hôpitaux mais aussi à vendre ceux du secteur public. Comme cela a été fait pour les officines. D’ailleurs un signe, avant-coureur qui ne trompe pas est la restructuration des secteurs sanitaires «allégés» des hôpitaux menés vers l’autonomie. Sous peu, on aura d’un côté des centres de santé et autres polycliniques pour le secteur sanitaire, et, de l’autre, l’hôpital comme entité à part entière. On ne parle pas encore de privatiser les centres de santé. Cela viendra. Chaque chose en son temps. Une fois qu’on en aura fini avec les hôpitaux, les polycliniques n’échapperont pas au processus de libéralisation. L’une dans l’autre, toutes ces lenteurs ont un coût que nous payons cher. Ces lenteurs qui touchent tous les secteurs d’activités s’avèrent inévitables. L’unique cause est le choix politique socialiste fait par les premiers responsables de l’Algérie indépendante. A part le président Ben Bella, beaucoup d’entre eux ne sont plus de ce monde. Laissons l’histoire les juger. Laissons les générations futures apprécier qu’il aura fallu plus d’un demi-siècle pour avoir le premier hôpital privé algérien.
Zouhir MEBARKI
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