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Les dommages de la colonisation
20 Septembre 2007 Lu 829 fois
Il n’y a rien à dire, les Algériens peuvent avoir tous les défauts du monde sauf celui d’être rancuniers. La preuve, au moment où sont publiés les chiffres des mines désamorcées par l’ANP à nos frontières Est et Ouest et disséminées là par l’armée coloniale, il nous revient à l’esprit que nous avons quand même été victimes d’un grave crime contre l’humanité, d’un génocide et à deux doigts d’être exterminés comme les Indiens d’Amérique et qu’en définitive nous n’en voulons pas outre mesure à notre agresseur. Un jour de juillet 1830, toute l’armada française débarque et occupe notre pays. Après un pillage en règle de nos richesses, or, argent, propriétés, terres, les militaires français repoussent les survivants algériens vers le Sud et gardent à leur seul profit la bande côtière, seul espace qui représentait pour eux «l’Algérie utile». Durant un siècle et demi, les colons ont exploité nos richesses du sol et du sous-sol. Ils ont asservi une partie des Algériens qui leur servaient de bras, nié jusqu’à l’existence d’une autre partie et enfumé les moins chanceux. D’ailleurs, notre pays était rayé de la carte. L’Algérie n’était plus que trois départements français. «L’Algérie, c’est la France», répétaient jusqu’à l’hystérie les colons. Après près de huit années de combat et un million et demi de martyrs, nous reprenons possession de notre pays sans un sou dans les caisses et personne pour faire fonctionner les institutions faites exclusivement par et pour les colonialistes. Il nous a fallu repartir de zéro et remettre debout, seuls et sans aucun moyen, notre pays. Nous l’avons fait tant bien que mal. 45 ans après, nous nous débattons encore dans des problèmes structurels. Et depuis plus d’une décennie avec violence. C’est dire tout le degré d’aliénation, de négation et de rejet dans lequel nous avait maintenus, la colonisation. Nous ne sommes pas rancuniers, car après toutes ces souffrances, tous nos morts et toutes les dilapidations, nous n’avons jamais demandé le moindre dédommagement à la France. Quand bien même nous saurions que les nations demandent réparation à d’autres nations pour des dommages de guerre et que ces dernières paient sans rechigner durant de très longues périodes. C’est ainsi que l’Allemagne paie jusqu’à aujourd’hui à Israël des dommages causés lors de la Seconde Guerre mondiale. Nous, nous n’avons rien demandé de tel à la France. Et cela ne nous a pas réussi. «Etre trop bon, c’est être trop c...» dit-on. Eh bien, oui, c’est ce qu’ont dû se dire les parlementaires français qui ont voté la loi du 23 février. Une loi selon laquelle, nous, les Algériens, devrions nous estimer heureux d’avoir été colonisés. Une colonisation grâce à laquelle nous avons eu droit à la civilisation. Les routes, les hôpitaux, les écoles, tout cela c’est la colonisation qui l’a apporté en Algérie, nous disent-ils. Ils nous prennent tellement pour des c...qu’ils croient qu’on a oublié que c’était au seul bénéfice des colons. Et que nous étions rejetés à l’arrière-pays. Là où il n’y avait ni routes, ni hôpitaux, ni écoles. Non, nous ne sommes pas rancuniers. La preuve, on a failli signer un traité d’amitié. Heureusement que Sarkozy et Kouchner sont arrivés à temps pour nous empêcher de commettre un acte contre nature. Pas d’amitié ni de repentance qui tiennent, seule l’ingérence humanitaire est envisageable. Non, nous ne sommes pas rancuniers, mais tout de même, pour nos enfants et arrière-petits-enfants, pour l’histoire, nos responsables devraient par principe introduire auprès de l’Etat français une demande officielle de dédommagement. Pour être pris au sérieux même si nous ne sommes toujours pas rancuniers.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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