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Gestion immobilière et urbanité
27 Septembre 2007 Lu 702 fois
On s’est très souvent demandé pourquoi l’Algérien fait preuve d’un incivisme remarquable. A cette question, il y eut beaucoup de réponses. Les unes fondées, d’autres moins. Parmi les plus vraies figure l’absence de l’Etat dans la formation et la constitution d’une réelle communauté urbaine. Une communauté qui repose sur des règles de partage, de vie en commun et de participation. Une communauté qui apprend et accepte les règles d’un quotidien basé sur la verticalité. On ne transpose pas sans préalable un individu qui a vécu à l’horizontale dans un univers où, densification oblige, les hommes vivent à la verticale. On est même tenté, pour la compréhension, de dire des hommes qui vivent les uns sur les autres. C’est le cas dans les cités. C’est le cas dans les immeubles, tout simplement. Des immeubles qui ont un mode de gestion particulier. De cette gestion immobilière qui, précisément, n’a jamais eu cours dans notre pays. La raison? Ce n’est qu’à l’indépendance du pays que les Algériens ont découvert cette nouvelle vie dans les immeubles des grandes villes. Les appartements qu’ils ont occupés étaient, selon la terminologie officielle, des «biens vacants» c’est-à-dire n’appartenant à personne. Première erreur pédagogique des dirigeants de l’époque. Une erreur qui a été finalement corrigée longtemps après par «biens de l’Etat». Une notion qui n’arrangeait rien du fait qu’elle renvoyait au «beylik», cette notion lourde de rejet et pleine de sens négatif qui remonte loin dans notre histoire. Les Algériens ont donc vécu d’abord dans des appartements «biens vacants» ensuite «biens de l’Etat» de 1962 jusqu’au début des années 80. Vingt années sans même un semblant de gestion immobilière. Officiellement aussi, ces Algériens étaient considérés comme des locataires. Sauf que la majorité, pour ne pas dire tous, refusait de s’acquitter des loyers. Les statistiques avouaient le chiffre de 70% de loyers impayés. Les 30% servaient de garde-fous à une catastrophe psychologique. Que dire des charges? Complètement inconnues du vocabulaire. Les parties communes? Dans l’imaginaire collectif, ils étaient assimilés au patrimoine de l’Etat. Au point d’attendre de l’Etat (le propriétaire) qu’il vienne changer l’ampoule grillée du palier. L’Etat ne venant pas, le palier sera plongé dans le noir et les ascenseurs paralysés à jamais. C’est dans ce contexte que les dirigeants décident «la cession des biens de l’Etat». Avant même que la notion de propriété privée ne soit constitutionnellement reconnue. Qu’à cela ne tienne, les appartements furent cédés à leurs occupants à des prix défiant toute concurrence et paiement à crédit des plus élastiques. L’essentiel était de rendre l’Algérien propriétaire de son logement et de le voir ainsi s’engager dans son entretien. C’est dans ce sillage que le premier texte juridique sur la gestion immobilière a été promulgué sous forme de décret en novembre 1983. La copropriété venait de naître en Algérie. Sauf que l’Algérien ne pouvait subitement devenir un bon copropriétaire par la grâce d’un décret et sans un accompagnement efficace de l’Etat qui, par certains endroits, était, lui aussi, copropriétaire représenté par les Opgi. Un quart de siècle plus tard, et nous en sommes encore à «rouler» avec le décret de 1983 complètement obsolète. Un quart de siècle au cours duquel d’autres formes d’acquisitions immobilières comme la location-vente ont vu le jour. Nous voilà enfin, près d’un demi-siècle après l’indépendance, en présence d’un débat sur la gestion immobilière ouvert par le ministre de l’Habitat au siège de l’Aadl. Y trouvera-t-on la voie pour une urbanité de l’Algérien de demain? L’espoir est permis!
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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