| |
Le monde est sans pitié pour les faibles
04 Octobre 2007 Lu 940 fois
Le berger est-il en train de répondre à la bergère? Les pays du Nord ne sont-ils pas en train de faire un bras d’honneur à ceux du Sud, notamment les producteurs de pétrole? Alors que les prix du pétrole connaissent des pics historiques et que tous les spécialistes s’accordent à dire que ce n’est pas du tout conjoncturel et que cela va encore durer, le cours des céréales s’est, dans le même temps, lui aussi, envolé. Et qui produit les céréales? Les pays du Nord, voyons! La menace ne date pas d’aujourd’hui. Lors du choc pétrolier de 1973, le président de la République française, à l’époque Valéry Giscard D’estaing avait prononcé cette phrase lourde de sens: «Ils ont le pétrole, nous, nous avons les idées». Il ne semblait pas si bien dire. Son pays, la France est le premier producteur européen de céréales qui exporte la moitié de sa production. Nous y voilà! Une bonne partie du maïs produite dans le monde est utilisée aujourd’hui pour la production des biocarburants. Plus précisément, de l’éthanol sur lequel existe une forte demande aux Etats-Unis. Sur le marché mondial des céréales destinées à la consommation, le maïs dirigé vers les biocarburants crée forcément un déficit de l’offre qui se traduit par une envolée des prix. D’autres spécialistes y ajoutent les conditions climatiques défavorables pour expliquer la conjugaison de facteurs telle qu’une mauvaise production. Quoi qu’il en soit, au Mexique, c’est déjà la catastrophe. Gros consommateur de maïs, ce pays est en proie aux pires difficultés. Dans son discours de l’Union en 2006, le président américain, George Bush, avait déclaré que l’objectif des Etats-Unis est de diminuer de 75% les importations de pétrole en provenance du Proche-Orient dès 2025. De son côté, l’Union européenne conseille à ses membres d’inclure 5,75% de biocarburants dans l’essence. Il n’y a pas que les céréales qui donneront des soucis aux pays en voie de développement. Les biocarburants sont également obtenus avec de la canne à sucre. Le Brésil qui est le premier producteur mondial de sucre a annoncé qu’il consacrera près de 50% de sa récolte 2006/2007 à la fabrication de l’éthanol. Ceci pour dire qu’après les secousses du blé viendront incessamment celles du sucre. On voit bien que dans ce monde, les beaux principes humanitaires ne sont faits que pour maquiller des démarches bien sordides. Car le terme «biocarburant» renvoie à une forme d’écologie et de préservation de l’environnement. Ce qui est faux. Parmi les énergies renouvelables, incontestablement propres, figure en bonne place l’énergie solaire. Sauf que ces fabuleuses réserves se trouvent au Sud. Ce qui explique le peu d’empressement des laboratoires internationaux à développer et généraliser cette forme d’énergie. L’éolien (force des vents) a, par contre, une bonne longueur d’avance. Il a la chance de se trouver en grande quantité au Nord. Les gens du Sud devraient cesser de succomber au chant des sirènes venant du Nord. Les beaux principes humanitaires, de droits de l’homme, de démocratie et autres ne sont que des instruments au service de l’hégémonie du Nord. Au lieu de laisser le Sud «manger», le Nord préfère utiliser les céréales pour «conduire». Sans état d’âme aucun. Il est temps pour l’Algérie de s’engager sans tarder et tant que nos moyens financiers sont ce qu’ils sont, dans un processus d’autosuffisance en matière de céréales. Nous en produisons actuellement un peu plus de 4 millions de tonnes. Nous en consommons entre 6 et 7 millions. C’est si peu qu’il n’est pas présomptueux d’affirmer que nous pouvons échapper au piège que nous tend le Nord. Nous avons l’espace, nous avons l’eau, nous avons l’argent. Avec un peu d’effort et beaucoup de volonté, nous y arriverons.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
|
|