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Il nous faut en finir avec cette image de la vache qui regarde passivement passer les trains. Il nous faut bouger. C’est tout de même malheureux que tous les experts ne cessent de nous répéter que nous n’arrivons même pas à produire ce que nous mangeons sans que cela n’ait aucun effet sur notre orgueil. Sur ce «Nif» qui était très développé chez nos aïeux et qui fait malheureusement défaut à notre génération. Chakib Khelil, notre ministre du Pétrole, est bien gentil d’essayer de nous rassurer et dire que nous sommes à l’abri de la dépréciation du dollar face à l’euro, son argumentaire reste tout de même un peu tiré par les cheveux. 98% de nos ressources financières proviennent de nos exportations des hydrocarbures qui nous sont réglées en monnaie américaine.
C’est-à-dire en dollars. Cela, chacun le sait. D’autre part, nous importons 80% de nos besoins alimentaires chez des fournisseurs qui se trouvent, ce qui n’arrange pas nos affaires, en zone euro. Or, un euro vaut actuellement 1,42 dollar. Soit presque une fois et demi le billet vert. Notre ancien ministre des Finances, Benachenhou, nous ménage moins que Chakib Khelil et parle de «mini-séisme pour notre économie» pour évoquer cette dépréciation. Il a tout à fait raison. Car, enfin, il ne faut pas sortir des grandes écoles pour savoir que nous perdons gravement au change.Très sincèrement, notre ministre du Pétrole rendrait le plus grand service aux Algériens en leur disant l’amère vérité assortie de la solution. L’unique solution.
Celle de nous mettre au travail et produire au moins ce que nous consommons. Il faut, bien sûr, que l’Etat mette en place les conditions incitatives. Pourquoi attendre que la catastrophe s’abatte sur nous pour penser à exonérer des taxes à l’importation de la pomme de terre? Pourquoi ne pas prendre les devants et mettre en place les mécanismes et autres rouages tout en incitant, dans un cadre organisé et sécurisant, les agriculteurs à s’investir dans la culture de la pomme de terre? Pourquoi ne pas en faire autant pour la culture des céréales? Pourquoi ne pas prendre les devants également pour la production de lait? En allégeant au maximum l’importation des vaches sans pour autant perdre le contrôle de l’opération au profit de la mafia locale. Pourquoi ne pas prendre les devants et favoriser le développement de la production pharmaceutique nationale? Il suffit que l’Etat le veuille.
Les balises et autres précautions contre toutes les formes de dérapages ne sont pas hors de notre portée. Il suffit de réguler. Et de bien réguler. Pour éviter les fortes variations d’une année d’excès suivie forcément d’une année de pénurie. L’Etat a tous les moyens pour agir efficacement et relancer la production nationale. Il peut agir sur les leviers de la procédure, de la fiscalité, de la bancarisation, des fonds de soutien, de la fermeté dans les sanctions, etc. Aujourd’hui, plus qu’hier, avec l’introduction annoncée de nouveaux offices. Les Algériens ne sont pas fainéants, ils ne demandent qu’à être épaulés et aidés dans la gestion des risques.
Une telle politique nous mettrait à l’abri des dépréciations de monnaies que nous vivons présentement. Pas seulement puisqu’elle nous mettrait également à l’abri de cet autre fléau transfrontalier qu’est la contrefaçon qui met en danger la santé des populations et leur sécurité. Des faux médicaments aux fausses pièces de rechange mécaniques.
Compter sur nous-mêmes ne nous fait pas gagner seulement de l’argent mais plus important encore: notre indépendance. Avec un peu d’orgueil et un vaste et sincère programme d’accompagnement de l’Etat, nous pouvons réduire substantiellement nos importations.
Soyez encore un peu plus gentil M.Chakib Khelil, plaidez pour notre autosuffisance! Et aidez-nous pour y arriver!

(zoume6@hotmail.com)

Zouhir MEBARKI


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