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Quand la raison vient à manquer
08 Novembre 2007 Lu 754 fois
Notre drame, c’est d’agir et de ne commencer à réfléchir qu’après. Le ministère de l’Habitat vient de clôturer les ateliers de réflexion sur la gestion immobilière. Il est encore trop tôt pour dire ce qui en sera retenu. Pourtant le programme d’un million de logements est largement entamé. Du moins, c’est ce que nous disent les responsables. Pourtant et bien avant ce programme du président de la République, l’important parc immobilier existant avait, lui aussi, besoin d’être géré. Non, ce n’est qu’un demi-siècle après qu’on se décide enfin à réfléchir et trouver la manière de nous comporter avec ces immeubles, ces cités qui ne cessent de pousser partout et n’importe comment. Notre drame, c’est de faire d’abord et de ne penser qu’après. C’est ainsi que nous avons réalisé le barrage de Beni Haroun, en y mettant beaucoup de temps, pour apprendre de la bouche du président de la République que nous avions oublié de prendre certaines garanties mais que nous allions y réfléchir. Notre drame, c’est de faire avant de nous décider à réfléchir sur la meilleure façon de faire. Au lendemain de l’Indépendance tous les ascenseurs du pays ont, l’un après l’autre, rendu l’âme. Alors et depuis, nous n’avons plus construit d’immeubles de plus de cinq étages. Sans ascenseurs bien sûr. Toute l’astuce était là. Et puis un jour, il n’y a pas très longtemps, on a décidé de faire carrément des immeubles à grande hauteur (IGH). Avec ascenseurs pour se rendre au 15e étage, il va de soi. Sauf qu’on avait oublié que nous avions un problème avec les ascenseurs depuis l’Indépendance. On se promet alors de réfléchir pour trouver la voie à suivre pour maintenir en vie ces ascenseurs. Notre drame est de décider et de réfléchir après. Ces routes à grande vitesse, qu’on appelle faussement autoroutes et qui ceinturent la capitale, comportent, dans la partie la plus large, 4 voies. Dès la mise en circulation, une voie délimitée par une bande jaune est réservée aux urgences. Il en reste 3. On vient d’en réserver une autre à la bande bleue pour «le covoiturage», dit-on. Il ne reste donc plus que deux voies pour les automobilistes ordinaires. Alors que le nombre de ces derniers a connu, dans le même temps, un bond extraordinaire à la faveur de l’accès au crédit bancaire. Résultat: la circulation routière est complètement congestionnée. Depuis, les responsables du secteur réfléchissent aux voies et moyens de la décongestionner. Notre drame est d’agir d’abord et de réagir ensuite. Nos pédagogues ont conçu des livres scolaires et les ont imprimés pour les distribuer aux élèves. Ne voilà-t-il pas que ces livres s’avèrent contenir des textes manipulés et tronqués. Un couplet de notre hymne national y a carrément été sauté. Depuis, on réfléchit pour trouver la meilleure façon de contrôler les livres scolaires avant de les imprimer et de les distribuer. Notre drame est de toujours se promettre de réfléchir après coup. Face à la flambée des prix du lait sur le marché international, nous décidons, tête baissée, d’importer des vaches laitières. On a complètement oublié la première fois où nous avions pris la même décision. C’était dans les années 80. Des importateurs véreux ont profité de la précipitation pour nous fourguer des vaches en fin de vie. On a aussi oublié que le prix des aliments du bétail n’est pas à l’abri des hausses. On y réfléchira certainement lorsque les vaches seront au port d’Alger. Notre drame est d’avoir opté pour l’école fondamentale. Un machin qui développe la mémoire et réduit le cerveau humain à un disque dur. Voilà pourquoi on ne réfléchit plus. On ne peut que faire semblant. Pour notre plus grand malheur.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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