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Grandes manoeuvres en histoire
15 Novembre 2007 Lu 807 fois
Lundi dernier dans la soirée, à 20h42, la 5 (chaine télé publique française) a diffusé un film inédit qui vient d’être réalisé et qui retrace «la disparition de vingt militaires français tombés aux mains de l’ALN le 1er novembre 1956 dans un village algérien situé à l’ouest du pays». Le réalisateur, Christophe Weber, nous conduit dans une vaste enquête qu’il mène en France et même en Algérie où il rencontre les habitants du village auprès desquels il recueille des témoignages. Le titre est Disparus en mission. Ceux qui ont vu le film ce soir-là ont eu le privilège de «savourer» l’art et la manière de transformer des agresseurs en victimes. Tout au long du déroulement de la pellicule, une grande compassion est suggérée envers ces «appelés du régiment français qui sont tombés entre les mains des terroristes barbares qui les ont égorgés et jeté leurs corps dans un abîme sans fond au point qu’il est impossible aujourd’hui de les retrouver pour donner une sépulture décente». Il ne serait pas étonnant que des téléspectateurs aient sorti leurs mouchoirs en suivant le film et pleuré à chaudes larmes le sort de ces soldats. C’était visiblement le but visé par la réalisation et la programmation d’un tel film sur une chaîne publique sachant pertinemment qu’elle est captée par les téléspectateurs algériens autant que par les Français. Le but du jeu est de renverser cette tendance qui, jusque-là, voulait que seul le peuple algérien a souffert de la guerre de Libération que lui a imposée la colonisation. Il est clair que toute guerre est sale. Qu’elle n’épargne personne. Il est clair aussi que beaucoup d’appelés du contingent français n’ont pas tous eu la hargne et la sauvagerie d’un Ausaresses ou d’un Le Pen. Le plus illustre parmi eux est le général Jacques De la Bollardière qui, en 1957, a démissionné en déclarant notamment que «des femmes musulmanes atterrées viennent m’informer en pleurant que leurs fils, leurs maris ont disparu dans la nuit, arrêtés sans explication par des soldats brutaux en tenue camouflée et béret de parachutistes. [...]» Et de lancer cette réflexion du visionnaire: «Je lui dis (à Massu) qu’il va compromettre (notamment par la bestialité vers laquelle tendent les ordres de Massu) pour toujours, au bénéfice de la haine, l’avenir de la communauté française en Algérie.» Cette prise de position courageuse et, ô combien humaine, d’un officier supérieur français n’a jamais fait l’objet de traitement médiatique digne des valeurs ancestrales d’humanité et de droits de l’homme de la France. Pas un passage de la position de ce chef militaire pour expliquer le comportement hideux imposé aux appelés face à la population algérienne. Car et en définitive, la disparition des militaires qu’évoque le film n’est pas à mettre seulement au compte des combattants algériens pour leur indépendance. Elle revient surtout à ce que De la Bollardière qualifie de «la plus désespérante défaite, celle de l’homme qui renonce à être humain...» Et d’ajouter: «Je ne peux accepter ce système qui conduira pratiquement à conférer aux parachutistes, jusqu’au dernier échelon, le droit de vie et de mort sur chaque homme et chaque femme, français ou musulman.» Non, M.Weber, ce ne sont pas les Algériens qui ont débarqué en France pour faire la guerre aux Français et les soumettre. Tout ce qu’ont pu endurer les soldats français en Algérie est à mettre au compte de certains Français qui ne veulent pas forcément, contrairement à un De la Bollardière, que du bien à la France. Ceux des Français qui s’attaquent aux moudjahidine se trompent de cible. Il est cependant rassurant que bon nombre d’Algériens et de Français ont déjà identifié leur ennemi commun. Au moins depuis le début du XIXe siècle. Depuis, Bacri et consorts et leur sous-traitant, le consul Deval.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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