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Les non-dits d’une révision
22 Novembre 2007 Lu 964 fois
Parmi les multiples raisons qui peuvent être avancées pour justifier une révision de notre Constitution, la seule dont ne veulent pas entendre parler les adversaires de cette révision est la levée de la limitation à deux mandats pour le président de la République. Pourquoi, en effet, en font-ils un tel tapage? Une telle ouverture serait-elle antidémocratique? Pas du tout, et d’ailleurs aucune voix parmi ces opposants ne s’est risquée sur ce terrain. Il ne reste plus que la probable candidature à un troisième mandat, voire plus, du président actuel, Abdelaziz Bouteflika, qui gêne certains. Dans ce cas aussi, on est en droit de poser la question et de tenter de savoir pourquoi. Pour l’alternance, disent les mêmes voix. A suivre leur raisonnement, autant l’Algérie changera de président, autant elle se portera mieux. Un raisonnement qui, pour le moins, manque de consistance. La vérité alors? Depuis l’Indépendance, l’Algérie a eu quatre Constitutions. La première en 1963. La deuxième en 1976. La troisième en 1989 et la dernière, celle qui est en vigueur actuellement, en 1996. Tous ces changements sont passés comme une lettre à la poste. Sans remous. C’est celle de 1996 qui, dans son article 74, a changé les dispositions de l’article 71 de la Constitution de 1989 qui prévoyait: «Le président de la République est rééligible» en y ajoutant «une seule fois». Un rajout et une précision qui, comme on peut le constater, s’avèrent être d’une importance capitale pour certains. Il est vrai que ceux qui s’opposent à la politique de tel ou tel Président ne peuvent qu’être ravis de cette disposition introduite en 1996. Quant aux partisans de tel ou tel Président, il est clair qu’ils pensent tout à fait le contraire. Dans le débat, aujourd’hui, autour de cette question, ceux qui sont pour le maintien de l’article 74 sont ceux qui se désignent comme étant des démocrates et qui traitent les partisans du retour à l’article 71 de la Constitution de 1989 de conservateurs. Il n’est pas superflu, non plus, de s’entendre sur ce qu’est réellement la démocratie. Quelle meilleure définition que celle du 16e président des Etats-Unis (le pays de la liberté) Abraham Lincoln, pour qui la démocratie est «le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple»? D’ailleurs, l’éthymologie du mot se passerait bien de tout commentaire. Démocratie vient du grec «dêmos», peuple, et «kratos», pouvoir, autorité. Dès lors, la question devient plus simple. Il est certainement plus démocratique de laisser le peuple faire librement son choix et certainement aussi antidémocratique de le brider et limiter ses moyens de s’exprimer. C’est précisément la démarche de nos démocrates qui veulent le limiter (le peuple) à n’exprimer que deux fois le même choix. L’énergie déployée par les opposants à la révision de cet article démontre leur peur de voir le peuple accorder une nouvelle fois sa confiance au président Bouteflika, vu le bilan largement positif de ses mandats. Sinon ils l’auraient laissé, avec joie, aller au casse-pipe. D’aucuns ne rateront pas l’occasion de dire que, chez nous, les urnes ne décident de rien et que c’est un cabinet noir qui désigne le président de la République. Cela était malheureusement vrai par le passé. Il faut, dès lors, que la lutte des vrais démocrates se situe à ce niveau. Lutter pour rétablir la volonté populaire sans restriction aucune. La principale cible ne peut être que la fraude électorale. C’est parce biais que le cabinet noir faisait «passer» son candidat. On a la nette impression justement que pour 2009, et pour la première fois, le cabinet noir a peur du retour à l’article 71 de 1989. L’article qui donne la décision aux électeurs qui peuvent n’accorder qu’un seul mandat au président qui ne leur sied pas et dix mandats et plus au président autour duquel ils se reconnaissent. Alors, soyons démocrates et laissons-les s’exprimer!
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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