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La remise en ordre algéro-française
06 Décembre 2007 Lu 1164 fois
Il est arrivé quelque chose d’important dans les relations entre la France et l’Algérie après la visite de Nicola Sarkozy. Certes, le climat n’était pas franchement détendu mais il était plein de respect mutuel au point qu’il virait souvent à la crispation. De cette crispation propre à des personnes ayant du savoir-vivre et très attentives à ne pas commettre d’impairs. Un détail: le président français a, depuis son élection, adopté la position du pied sur la jambe lorsqu’il est assis (pour maîtriser un tic nerveux de la jambe qui «danse»). Cette position, qui affiche la semelle de son soulier, est pour le moins inélégante pour ne pas dire mal élevée par certains endroits. Pourtant et même prescrite médicalement, elle reste une position choquante face à un roi (celui du Maroc) ou à la télé (lors du dernier direct avec Patrick Poivre d’Arvor et Arlette Chabot) face à des millions de Français. Bref, c’est la position de tous les jours dès qu’une caméra ronronne. Que ce soit à l’Elysée, lors des audiences, ou ailleurs. Lors de la visite d’Etat qu’il vient d’effectuer en Algérie et en recevant dans sa résidence les responsables politiques du pays, c’est aussi le pied sur la jambe. Le régime est le même pour tous. La seule exception, où il mit «pied à terre» et joint les jambes sagement, aura été lors de ses face-à-face avec le président Bouteflika. Une telle crispation qui met tous les neurones en alerte pour ne pas froisser l’autre est une crispation «positive». L’attitude n’a échappé à personne. Elle vaut bien plus que les meilleurs discours du monde. Du côté algérien aussi l’attention était à fleur de peau. M.Chérif Abbas, ministre des moudjahidine, qui a failli provoquer un accident (pas incident) diplomatique entre les deux pays n’a pas eu de carton d’invitation pour les différentes cérémonies organisées lors de la visite du président français. Une marque d’attention pour ne pas indisposer et mettre dans l’embarras l’hôte de l’Algérie. L’absence de ce ministre n’a également échappé à personne. Une telle prévenance vaut aussi bien plus que les meilleurs discours du monde. Encore une. Bernard Kouchner qui a une «ardoise» en Algérie avec son «ingérence humanitaire», au plus fort de la souffrance des Algériens face au terrorisme, s’est fait très discret. Ce qui n’est pas dans ses habitudes. Plutôt remuant sur les plateaux de télévision et dangereux va-t-en-guerre qui se lance à l’assaut même face à la bombe atomique, s’est fait «tout miel» au micro de la Radio algérienne Chaîne III. On le sentait sur ses gardes. A mesurer ses propos. Tous les sens en éveil pour ne pas heurter. Une telle maîtrise de soi vaut, elle aussi, tous les meilleurs discours du monde. N’est-ce pas merveilleux d’assister à cette floraison d’égards? Une nouvelle lune de miel est en vue. D’ailleurs, elle a déjà commencé avec un Nicolas Sarkozy qui, on l’a vu lors du déjeuner au Palais du peuple, sert du «Abdelaziz» en s’adressant au président algérien. On l’a vu aussi dans les embrassades infinies entre tous les responsables qui ont signé les accords sous l’oeil vigilant des deux Présidents. Ils en ont eu certainement la consigne car il est connu que les Français ne sont pas, d’ordinaire, portés sur de telles effusions. En réalité, il s’agit de recadrage de relations sincères, chaleureuses et pragmatiques qui s’annonçaient sous l’ère Chirac et qui ont viré à l’aigre dès 2005, avec l’adoption de la loi du 23 février pour passer à l’amer à partir de la campagne électorale de Sarkozy. Il est donc heureux de constater, après cette visite d’Etat, que les bonnes manières ont fini par reprendre le dessus. Et cela, après que le silencieux ministre des Moudjahidine eût décidé de parler et que les médias français aient sonné le clairon. On dit bien qu’à quelque chose malheur est bon.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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