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Le rire, l’Entv et nous
07 Février 2008
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Les dirigeants de l’Entv ont droit à toutes nos félicitations pour avoir relancé l’émission Alhan oua Chabab et pu ainsi découvrir de jeunes talents dans le domaine de la chanson. Au grand profit de la nation tout entière qui peut ainsi régénérer sa culture qui était plongée dans un grave coma. C’est une des grandes oeuvres nationales que l’histoire retiendra. Cependant, il ne faut surtout pas s’arrêter en si bon chemin. Il faut tout faire pour que les lauréats ne tombent pas dans la trappe des oubliettes ou soient contraints d’aller exercer leurs talents ailleurs qu’en Algérie.
Le relais revient au ministère de la Culture pour trouver les moyens d’accompagner ces jeunes talents dans leurs premiers pas. En les aidant à constituer un répertoire. A concevoir un spectacle. En créant les conditions pour qu’ils puissent se produire. En les épaulant dans l’organisation des tournées. En fait, c’est tout le travail de l’imprésario qui reste à faire. Et comme c’est une activité dont on ne peut pas dire qu’elle est très répandue dans notre pays, il faut que des structures de l’Etat s’investissent dans un premier temps. Pour ne pas laisser nos jeunes artistes exposés aux aventuriers de tout poil qui ne manqueront pas de s’improviser en «tuteurs».
Oui, les Algériens méritent bien de voir leur culture relancée! L’année de la culture arabe, Alhan oua Chabab et cette récupération, mardi dernier, de nos archives filmées détenues par la France en sont les premiers signes. Mme Toumi, notre ministre de la Culture, vient de confirmer dans un récent entretien à la presse que «tout ne fait que commencer» après la clôture de l’Année de la culture arabe. Ce qui est rassurant. Il faut toutefois «battre le fer tant qu’il est chaud» et se garder de marquer une trop longue pause. Ne pas marquer carrément de pause serait mieux.
Devant de telles initiatives pleines de promesses, on se surprend à reprendre espoir. L’espoir de voir notre société «revitalisée». De voir nos jeunes renouer avec la joie et l’allégresse. L’espoir du retour d’une culture dynamique. L’espoir du retour de l’équilibre de toute société.
Il ne faut pas perdre de vue que la société algérienne traîne de multiples traumatismes accumulés avec le temps. Certes, aujourd’hui, pour un tremblement de terre, pour un attentat, on envoie des psychologues soutenir les populations atteintes. Il faut pourtant revenir en arrière et recenser tous les chocs qu’ont subis les Algériens sans aucun soutien. La condition inhumaine imposée durant un siècle et demi par la colonisation, aggravée par une féroce répression lors de la guerre de Libération nationale ont laissé des traces. Le choc brutal d’une liberté mal assimilée après l’Indépendance. Sans maîtrise. Sans préparation. L’épreuve d’un déracinement à grande échelle de l’exode rural qui a suivi.
A toutes ces épreuves sont venues s’ajouter les horreurs d’une tragédie nationale qui en est à sa deuxième décennie et dont nous vivons encore les saccades. Pour couronner le tout et, fragilisés par toutes ces épreuves, il nous faut aujourd’hui, affronter le choc des cultures à l’ère de la parabole. Même si c’est aux spécialistes qu’il revient de définir les différentes formes de ces séquelles et leurs thérapies, chacun sait que certains comportements et signes d’asociabilité, d’une ampleur certaine, y trouvent leur origine. Chacun sait aussi que le rire est universellement admis comme une thérapie de masse. Naturelle. A portée de main.
Malheureusement, l’Algérien ne rit plus parce qu’il n’y a plus personne pour l’aider en cela. Personne n’a pu combler le vide laissé par les Hassan El Hassani, Sid Ali, l’Inspecteur Tahar, Rouiched et bien d’autres.
Alors, messieurs les dirigeants de l’Entv, ne vous arrêtez pas en si bon chemin! Organisez, comme vous l’avez fait pour la chanson, une compétition pour découvrir de jeunes talents algériens du rire. Il est vrai que la partie est plus difficile tant il faut de tolérance pour accepter certaines de leurs intrusions dans le monde de la politique ou face à certains conservatismes. Mais le champ est si large. On peut même rire de nos malheurs. Il faut seulement «dénicher» ces génies capables de retourner les situations. Vous êtes face à une grandiose oeuvre de salubrité publique.
Avec tous nos applaudissements!

(zoume6@hotmail.com)

Zouhir MEBARKI


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