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Des boat people aux harragas
28 Février 2008
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Dire que le problème de l’immigration clandestine a uniquement pour cause la pauvreté, c’est avoir une vision réductrice du problème. Certes, les pays «producteurs» de cette immigration sont les pays sous-développés. Mais pas du seul point de vue économique. L’angle socioculturel très peu évoqué y a sa part aussi. Dans notre pays c’est même l’élément moteur. On aurait tort de vouloir expliquer le phénomène «harragas» uniquement par le chômage. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, le voyage est aussi périlleux qu’onéreux pour les jeunes qui s’y aventurent. Les passeurs font payer grassement le ticket. C’est des millions de centimes au-dessus des moyens d’un sans-emploi. Il faut aussi se rappeler qu’avant les harragas, il y avait chez les jeunes cette aspiration connue sous le nom «babor australia». De plus, la fuite des cadres est là pour s’interroger et constater que les pulsions qui animent les uns et les autres sont les mêmes. Seul l’accès au visa fait la différence. Il ne faut pas oublier aussi que d’autres peuples ont connu par le passé de telles aventures. Les plus célèbres étant les «boat people» à la fin de la guerre du Vietnam. Là aussi, il ne s’agissait pas de chômage. A l’époque, le phénomène était en Asie et n’a pas du tout inspiré les Algériens, à qui pourtant il était interdit de quitter le territoire sans dérogation très spéciale que ne pouvait obtenir le premier quidam venu. C’était l’époque où en plus de l’inaccessible passeport, s’ajoutait la célèbre «autorisation de sortie». Aujourd’hui le phénomène est en Afrique et présente tous les signes d’une organisation à l’échelle du continent avec ses réseaux et ses passeurs, facilement comparables aux trafiquants de drogue qui «se sucrent» en proposant du poison aux jeunes. D’ailleurs, il est à parier que sans ces passeurs il n’y aurait pas de harragas. En tout cas pas autant que les quelques cas qui s’essaient aux cales des navires. Et enfin, chacun a pu le constater, pour les harragas qui réussissent à arriver à bon port, il leur suffit très peu de temps dans leur nouveau monde pour que le mal du pays les étreigne. La nostalgie fait pleurer les plus sensibles. Alors qu’est-ce qui pousse réellement les jeunes à opter pour l’aventure périlleuse? La plus forte pulsion vient de la mal-vie. Un jeune a beaucoup d’énergie, il a besoin de se dépenser, de se défouler. Il a besoin de découvertes, d’horizons nouveaux. Le globe-trotter n’est pas une invention algérienne. Il voit, grâce aux télévisions du monde entier qu’il reçoit chez lui, les jeunes d’Occident s’amuser. Il voit la large panoplie de leurs loisirs quand lui vit tant et tant de privations.
Donc face à ce fléau, les pouvoirs publics ne devraient pas se confiner aux solutions maintes fois évoquées comme la lutte contre le chômage, le développement économique, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic) avec notamment, la démocratisation de l’Internet ou le micro pour tous. Il leur faut se pencher sur des besoins plus proches de la nature humaine. Il leur faut recenser toutes les frustrations que connaissent nos jeunes. Sans hypocrisie. Sans tabous. Et prendre les mesures pour leur offrir tout ce qui peut l’être. Un dossier qui devrait être étudié en collaboration avec des spécialistes: psychiatres, psychologues, sociologues. On devrait y ajouter les psychanalystes et les sexologues. Malheureusement, ces spécialités n’existent pas chez nous. Hasard ou volonté délibérée?
Une chose est sûre, et puisqu’on parle de relance du tourisme, le jour où nous réussirons à attirer les touristes étrangers, la partie sera gagnée. Il en va de nos jeunes comme des touristes. Les deux sont à la recherche du même cadre de vie.
La partie n’est certes pas facile. Elle n’est cependant pas impossible.

(zoume6@hotmail.com)

Zouhir MEBARKI


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