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Coup d’estoc
06 Mars 2008
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Le receleur raconte comment Miloudi lui avait proposé la vente d’un lot de cuivre acheté à Constantine, aux enchères, et qu’il possédait une copie de cette opération.
«Depuis vingt ans d’exercice, on me connaît. Je peux vous assurer que je ne veux jamais acheter du ´´louche´´. Il me faut, à chaque fois, les papiers justificatifs», a marmonné le prévenu, condamné en première instance à une peine de prison.
Aïssa Mim, le président de la troisième chambre, se veut, comme d’habitude, pointilleux. Il veut que le prévenu lâche tout, dans le détail: «Et comment s’est déroulée l’opération?» C’est Miloudi, le prévenu principal, qui va répondre avec beaucoup d’à-propos: «D’abord, c’est ce monsieur qui est venu me demander du cuivre alors que mon domaine est celui du plastique et du transport, mais j’ai accepté de l’accompagner au carré du cuivre à Oued S’mar dans une Express.»
Le prévenu va vite. Il donne l’impression de faire vite pour en finir, jusqu’à dire aux trois juges que le receleur lui devait 50.000 dinars. Il cite M’barek Hacini au passage. «Pourquoi donc il vous désigne?», lâche Mim, calme et serein. Miloudi balbutie et évoque Allah, donne son âge (42 piges) et trois enfants.
Le juge ne lâche rien. Il demande à Miloudi d’être plus précis. Ce que fait le détenu: «Le jour où il m’avait averti par phone que la marchandise était d’origine douteuse, je me suis déplacé en personne lui expliquer le phénomène, mais j’ignorais ce que j’allais voire face aux éléments de la police judiciaire. Je suis innocent!» Il le dit, répétera six fois et s’en remet à Allah. Mim tape sur le micro pour imposer plus de retenue à Miloudi.
Ali Belaribi est le troisième prévenu. Il est prié de débiter sa version. «Miloudi et Hacini son copain sont entrés dans mon local pour me régler le montant du poids du cuivre. Je les ai accompagnés à Blida prendre un pot sur place, je suis resté dans la voiture alors que j’ignorais que cette mise en scène avait été déclenchée pour que l’on me désigne comme étant le revendeur du cuivre et ce, de loin. Miloudi lui a dit: voilà le marchand de cuivre», a dit sans panique (contrairement à Miloudi).
Belaribi Miloudi va dépasser la panique et passera à la délation et à la diffamation (M. aurait offert des cigarettes aux policiers). Mim le juge le somme de stopper ces élucubrations.
Aïssa Mim joue au «messie»: «Et le procureur vous a malmené?» Miloudi se tait et revient à plus de calme. Il aura tout tenté pour émouvoir les membres de la chambre pénale de Blida.
En passant à l’évocation des témoins qui ont constaté le changement de la marchandise, le président demande à Mohamed Boukhatem, le procureur général, s’il a des questions à poser.
Le procureur général reste de marbre. Il a autre chose derrière la tête, pour plus tard, lors du réquisitoire.
Maître Djamel Boulefrad, l’avocat de Miloudi, demande au receleur s’il pouvait déclarer s’il y a eu un déplacement à Ouled Yaïch. La réponse est non. Une autre question relative au cash de la marchandise: «Y avait-il des témoins?» La réponse est non. Miloudi pleure. Boukhatem met son grain de sel: «Vous prétendez bien connaître le receleur. Lui avez-vous transporté à plusieurs reprises du plastique? O.K. Comment se fait-il que le receleur vous doit cinq millions de centimes et vous n’encaissez que 2000 dinars de commission?» Miloudi s’égare. Il veut parler des funérailles du père de Miloudi. Mim le fait taire.
La victime se retire avec la permission du président.
Les avocats débutent les plaidoiries qui tourneront toutes autour de la relaxe du premier condamné et les circonstances atténuantes pour le second.
Maître Boulefrad, pour Miloudi, va être l’acteur central des débats. Il va d’abord aborder le vol à l’aide de clés. «L’instruction n’a pas été jusqu’au bout. Elle parle des clés, de fausses clés. Jusqu’à présent, nous ignorons qui a fabriqué ces clés. Qui est entré? Où sont ces clés? Qui a eu la saugrenue idée de voler ces clés pour en fabriquer des doubles grotesques?», a dit l’avocat qui passe au verdict du tribunal. 500.000 dinars d’amende? C’est colossal pour la partie poursuivie et condamnée. Reste donc la décision de la chambre pénale. «Et ce Hacini M’barek? C’est lui qui s’est rendu seul au chantier. Il y a rencontré Laribi, le boss du chantier, et c’est ce Laribi qui a proposé le cuivre à céder sans fixer le prix de vente», s’est écrié l’avocat qui commettra un lapsus en disant... Miloudi Djillali, le président de la quatrième chambre, celle du mardi, au lieu de Miloudi le détenu.
Faisait appel au pouvoir discrétionnaire absolu du trio de magistrats, Maître Boulefrad pose encore vingt questions pour diriger la décision des juges. La relaxe au bénéfice du doute.
Maître Mokadem et Maître Achour pour le second détenu, Belaribi, l’affaire est plus sombre qu’une nuit d’hiver en campagne. Après avoir rappelé succinctement les péripéties de cette malheureuse affaire, les deux plaideurs vont longtemps s’étaler sur le doute quant au rôle de Belaribi, qui avait été invité par Miloudi et Hacini à les accompagner à Blida, d’où il verra la victime discuter avec ses deux compagnons. «C’est une saynète qui ne regarde que Miloudi, lequel a mouillé Belaribi et non Hacini», a dit Maître Mokadem, qui a trouvé ridicule les cinq ans ferme infligés. Maître Khaled Achour, pour Belaribi, a débuté très lentement sa plaidoirie. Il plaide sur le même rythme que celui usité lorsqu’il dirigeait les cours d’Oran et d’Alger avant qu’il ne marche sur une peau de banane, glisse, se redresse et se retrouve toujours en robe noire, mais de l’autre côté. Comme son confrère, Maître Mokadem, l’avocat de Blida, aura eu tout le loisir d’expliquer le scénario catastrophe qui a mené son client vers cinq ans de prison ferme. Il rejette le témoignage d’un détenu à l’encontre d’un autre détenu. Il faut dire que Maître Khaled Achour n’avait pas voulu aborder les détails débattus à Chéraga où il n’est pas facile d’évoluer à la barre, vu la réputation de certains juges du siège, peu enclins à soutenir une attention vigilante.
En tant qu’ancien magistrat, Maître Achour aura seulement appuyé sur la peine de cinq ans ferme, infligée à son client, à qui il trouve une naïveté déconcertante. Le verdict sera revu à la baisse par un trio de tonnerre. Les avocats, Maître Khaled Hadj Achour en tête, pavoisent. Il y a de quoi: leur coup d’estoc a eu l’effet escompté.

Abdellatif TOUALBIA


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