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C’est quoi le 8 mars?
06 Mars 2008 Lu 588 fois
On va fêter la Journée de la femme le 8 mars. Bien des débats ont eu lieu autour de cette célébration. Pourquoi une seule journée? Comme la Journée de l’arbre ou celle des fraises. La femme n’est pas une chose mais un être humain à part entière. Lorsqu’en 1910, à Copenhague, est décidée pour la première fois «une journée internationale de la femme» à l’issue de la Conférence internationale des femmes socialistes, la femme algérienne n’était nullement concernée. Elle vivait, plus que l’homme, l’enfermement. Les femmes socialistes avaient d’autres «chats» à fouetter pour lui dédier ne serait-ce qu’une pensée. Elle n’a pas eu plus de chance lorsque, onze années plus tard, Lénine décrète le 8 mars Journée de la femme. Au-delà des différents courants de pensée et des débats à n’en plus finir, la femme algérienne a, plus que les autres femmes du monde, cette chance d’avoir dans son histoire un meilleur repère. Pendant toute la durée de la colonisation dans notre pays, la femme algérienne n’existait pas. Ou plutôt, elle n’existait que pour le cycle naturel de la reproduction de l’espèce. On savait qu’elle existait mais personne, hormis ses proches, ne la voyait. C’était l’enfermement absolu. Même si en Kabylie, elle participait aux travaux des champs et à la corvée de l’eau, elle n’en n’était pas pour autant reconnue comme une entité au même titre que l’homme. Une mise à l’écart dont l’image la plus frappante restera son inéligibilité à la succession que la tradition maintient encore de nos jours. Dans les villes ce n’était guère mieux. Une infime minorité d’entre elles poussées pas l’extrême misère n’avait d’autre choix que de chercher le seul emploi possible pour elles: les travaux ménagers chez les colons. Exploitées par leurs employeurs pour qui elles étaient toutes des «fatma», ces malheureuses travailleuses devaient également affronter le cruel jugement de leur propre société qui n’admettait pas une telle transgression. Les autres, toutes les autres femmes algériennes étaient recluses. Les seules sorties qu’elles pouvaient espérer étaient les cérémonies familiales avec ce plus, dans les villes qu’était le bain maure. Et même dans ces cas-là, elles ne pouvaient sortir qu’accompagnées par un mâle. Un mâle qui, même enfant, lui était supérieur. Ce n’est pas fini, elles devaient aussi, dès la puberté, être enveloppées d’un voile qui ne laissait apparaître que les yeux. Dans certaines régions, un seul oeil. Sinon, leur quotidien était fait de travaux ménagers du lever au coucher. Même les accouchements se passaient à la maison. Il a fallu attendre la guerre de Libération nationale pour que le regard de la société commence à changer. Grâce à toutes ces femmes qui ont rejoint les moudjahidine pour leur prêter main-forte. Des moudjahidate dont l’histoire retiendra qu’elles ont donné le coup d’envoi de la libération de la femme algérienne. Le coup d’envoi seulement, car les femmes restées au foyer continuaient à subir le diktat des traditions. A cette différence près, qu’aux cérémonies familiales une autre occasion de sortir étaient «offerte», c’était la visite des prisonniers. Voilà, résumée, la condition féminine en Algérie avant l’Indépendance. C’était un monde clos, mis à part. Ce n’est que le 5 Juillet 1962 que «l’explosion» a eu lieu. Ce jour-là et les jours suivants c’était comme la digue d’un barrage qui lâchait. Les femmes ont déferlé dans les rues pour crier leur joie de la liberté retrouvée, aux cotés des hommes, des enfants, des jeunes et moins jeunes. Elles ne sont plus jamais retournées à leur «prison». C’est ce jour-là que la femme algérienne s’est libérée, pas le 8 mars. Le plus bizarre est que nos autorités ont décrété le 5 Juillet «Fête de la jeunesse». Si ce n’est pas du masochisme...
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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