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Coupables, Farida et Oualima
10 Mars 2008 Lu 793 fois
Nous sommes au 27e jour du Ramadhan 1427. Leïlat el Qadr pour les musulmans. Leïlat el qatl pour l’épouse et sa copine qui avaient décidé d’assassiner le mari qui avait été drogué après avoir pris un repas copieux. Un coup de hache derrière la tête et quinze coups de couteau portés au niveau du buste et du ventre. Les tripes étaient dehors. Spectacle affligeant. Le couteau acheté à 200DA, à Bab El Oued, sera retrouvé, plus tard, sur indication de l’accusée principale, si l’on peut écrire ainsi. Le mobile? Les deux femmes qui s’aimaient follement ne voulaient plus d’un homme à la maison. Le beau parquetier, Mohammed Seghir Younès, le démontrera, debout, durant le sévère et rugueux réquisitoire qui a retenu l’attention de tous, ouï de tous, les avocats en premier... Deux grands sachets noirs ont servi au transport du cadavre déposé à proximité du domicile dans une poubelle. Le témoin qui l’a trouvé avait remarqué qu’un gros filet de sang était visible sur le sol, tôt le matin, et une odeur nauséabonde. A la barre, les deux accusées nient: «Il est sorti jeudi. Nous ne l’avons plus revu depuis», ont-elles clamé, en guise de défense quant à leur innocence. Le deuxième témoin apprend au tribunal qu’il avait cru avoir à faire à des détritus. «Ça puait si fort que je suis reparti sans ramasser les ordures», a-t-il dit, avant de disparaître de la salle d’audience avec l’autorisation du président, plus que jamais près des débats... Le papa de la victime s’avance péniblement vers la barre. Il a beaucoup de difficultés à s’exprimer. Il n’apprendra rien de plus au tribunal. Il en est de même pour la maman. Ils se constituent partie civile avant d’aller se rasseoir et de quitter le Ruisseau pour Beau-Fraisier. Naoui, le juge, allait lentement et il a bien fait. L’huissier de l’audience entre avec les armes du crime. Les avocats ricanent, enfin ceux de la défense, pas la partie civile qui sont restés dans le giron du crime crapuleux, ignoble, insupportable. Entre-temps et c’est paradoxal, les deux accusées n’ont montré aucun signe de désarroi ou de crainte. «Hadj, demande à ta fille de ne plus remettre les pieds chez moi», aurait crié le défunt qui avait offert quatre portables à Oualima l’accusée qui aurait déclaré, lors de l’enquête préliminaire, qu’elle s’était débarrassée des puces dans une poubelle à la place des Martyrs, près de la Casbah. A la barre, l’accusée affirmera que les portables lui avaient été offerts sans puces. Ahcène Naoui, le président du tribunal criminel, ne veut pas que l’accusée emprunte le chemin déconseillé du mensonge. «Qui a porté les coups mortels? Selon vous, c’est Farida et selon elle, c’est vous Oualima», crache le magistrat. L’atmosphère est lourde. Les avocats de la défense ne disent mot. Ils auront l’occasion de demander un complément d’informations car les robes noires ont mis l’accent sur l’absence d’expertises digitales sur le couteau, la hache, le câble pour parabole qui a servi à ligoter Nasser, le père de famille, assassiné selon l’accusation par «madame et sa copine-gouine». Et s’il n’y avait que cela: «La contrainte gèle la volonté», dira Maître Sobhi à propos des aveux arrachés. Maître Boulfrad ira plus loin. Il va flétrir l’interrogatoire des deux accusées. Il va demander à ce qu’on entende les deux enfants, âgés de huit et dix ans, eux seuls pourront parler des relations au sein de cette famille qui vivait dans un deux-pièces à Beau-Fraisier. «Pourquoi se serait-elle débarrassé du mari qui n’avait rien à laisser derrière lui. Même pas une minable auto», s’est exclamé l’avocat qui va colorer sa plaidoirie par deux anecdotes vécues l’une à l’antique Cirta et l’autre le jour du renvoi de ce procès car à Blida, il était constitué dans des dossiers à titre gracieux. «Nous sommes décidés à rester en prison le temps qu’un complément d’éléments puisse éclairer le tribunal criminel qui ne doit pas systématiquement marcher dans les irrégularités relevées au dépens des policiers qui ont cru agir vite mais qui se sont leurrés, puisque le vrai tueur de Nasser est toujours en liberté», avait encore balancé le défenseur. Mohammed Seghir Younès, le procureur général, se lève et va entamer un festival d’exclamations devançant le Droit et un clin d’oeil au crime prémédité. «Qu’est devenue notre société, dans cette entrée dans le mondialisation?», s’écrie-t-il, avant de revenir brièvement aux faits qu’il qualifie de très graves et très bien arrêtés. «Aujourd’hui, les deux criminelles nous ramènent un autre son de cloche, plein d’errements et d’inepties», a ajouté Younès qui ira jusqu’à se poser des questions pertinentes au sujet des comportements des deux accusées et ce, durant le mois du jeûne, avec un sang-froid étonnant, en oubliant l’Aïd el Fitr, la fête du pardon. «Elles respiraient le crime et comment y parvenir.» Il demandera ce que la loi lui permet: la peine capitale. Murmures dans la salle.
Abdellatif TOUALBIA
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