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Le citoyen, la carte grise et l’état civil
13 Mars 2008 Lu 630 fois
L’occasion qui est donnée, à chacun d’entre nous, de se rendre à l’APC pour retirer un extrait de naissance «numéro 12» tiré des archives et non pas sur présentation du livret de famille est une épreuve révoltante. Révoltante à la vue de ces registres entreposés sur des étagères dont ne voudrait pas la plus minable épicerie. Révoltante quand on assiste à la manière dont sont malmenées ces reliques. Révoltante devant la manière désinvolte dont sont feuilletées les précieuses pages jaunies. Révoltante enfin quand on se pose la question de savoir combien de temps encore ces registres résisteront à de telles manipulations. On aura beau chercher un motif sérieux pour justifier ce désintérêt des pouvoirs publics pour l’état civil, on n’en trouvera pas un seul qui puisse être accepté par la raison. Une journée d’étude sur ce sujet a eu lieu, ces derniers jours, à Tizi Ouzou. Tous les intervenants, wali en tête, en ont dressé un constat des plus consternants. Ils ont évoqué la maltraitance des registres, les erreurs et surtout ce «mépris» des responsables qui confient une si haute tâche au personnel sans formation relevant de la formule «emploi des jeunes». C’est-à-dire un statut précaire qui n’autorise aucun espoir d’éviter la décomposition de cette partie de notre mémoire. Difficile d’expliquer une telle aberration. Difficile de croire à une simple erreur, un simple oubli. Il est malheureusement vrai que, depuis toujours, la machine a été plus considérée que l’être humain dans notre pays. Les preuves d’une telle affirmation ne manquent pas. La plus choquante est la comparaison à faire entre «l’état civil» de la voiture avec lequel est établie la carte grise et la démarche identique qui permet la délivrance d’une carte d’identité à chaque citoyen. Commençons par les «petites» différences. Alors que pour la voiture tout est indiqué avec précision comme par exemple le poids, il y a belle lurette que le poids de l’individu mentionné sur sa carte d’identité n’est plus vérifié, comme il le fut par le passé, par l’administration. Sa taille non plus. On peut citer aussi le type de carburant mentionné pour la voiture alors que l’idée de porter le groupe sanguin sur la carte d’identité dont il a été brièvement question un temps, a été aussitôt abandonnée. Ce ne sont là que quelques-unes des douloureuses comparaisons parmi les moindres. Plus important est ce questionnement: comment veut-on encourager la citoyenneté quand le premier acte, qui lie l’administré à son administration, à savoir l’inscription de sa naissance, est entaché de désinvolture et de négligence? Ce lien que les terroristes avaient pour but de couper quand ils ramassaient les cartes d’identité nationale de leurs victimes. Comment veut-on que le citoyen se rapproche de son administration quand on fait tout pour lui signifier que la machine (la voiture) a droit à plus de considération. Quand la carte grise est informatisée alors que son extrait de naissance n’a même pas droit à une encre de qualité pour résister au temps? Ni à un employé qualifié? Qu’est-ce qui empêche le même investissement? Si ce sont les faibles ressources des APC, pourquoi ne pas confier l’état civil à la daïra? Pourquoi seulement la carte grise? Nos responsables ont survolé, il n’y a pas longtemps, l’idée d’informatiser la carte d’identité nationale. Etaient-ils sérieux? Il y a de quoi en douter quand on sait que cette carte n’est que «la charrue» de l’état civil dont l’état précisément ne semble pas les empêcher de dormir. Il n’est pas exagéré de dire qu’il est criminel de laisser cette partie de notre mémoire se décomposer à l’épreuve du temps et des mains. D’hypothéquer la recherche généalogique que voudront établir nos enfants et arrière-petits-enfants. De ne rien faire pour maîtriser la mobilité et la localisation immédiate de chacun des citoyens que nous sommes. Un ancien responsable nous avait traités de «ghâchi» c’est-à-dire de foule par opposition à une population. Ne reflétait-il pas l’avis du sérail? De beaucoup de nos gouvernants? Quel destin nous réservent-ils? Autant de questions révoltantes. Tout autant qu’une visite aux archives des APC.
(zoume6 @hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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