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Chômeurs ou demandeurs d’emploi?
20 Mars 2008 Lu 546 fois
Le gouvernement, dans son dernier Conseil, promet de porter le taux de chômage à 10% en 2009. A 9% l’année suivante. Un point chaque année. On peut considérer que chaque point gagné est une avancée, cela reste, malgré tout, un rythme qui signifie aussi que le plein-emploi dans notre pays n’est pas pour demain. Cela veut dire aussi que nous nous résignons à laisser les générations futures se débattre avec un aussi lourd «héritage» tout en laissant croire que nous aurons fait le maximum de ce qui pouvait l’être. Une sorte de fatalité que le gouvernement tente de justifier par avance. Surtout que, dans le même temps, le dispositif de lutte contre le chômage avec lequel le gouvernement compte gagner des points n’a pas le mérite de la clarté. Un rapide état des lieux permet de se rendre compte que l’Etat n’a pas aujourd’hui, et encore moins demain, les leviers de la décision en matière d’emploi. Comment, en effet, peut-il se targuer de pouvoir créer des emplois à l’ère de l’économie de marché, de la loi de l’offre et de la demande, qui n’est ni plus ni moins que le transfert de la décision du public vers le privé? Peut-on agir dans le sens d’une privatisation sans exclusive et affirmer pouvoir encore agir directement sur l’emploi? Il ne faut pas être un génie en économie pour comprendre que le discours politique que le gouvernement nous sert aujourd’hui est insensé. La seule manière d’agir qui reste au gouvernement en matière d’emploi est une sérieuse réorientation de la politique d’éducation et de formation poursuivie jusqu’ici. Si jusque-là le marché du travail était demandeur de bras, aujourd’hui et demain encore plus, cette forme de «force» de travail arrive à sa fin. L’époque du travail à la chaîne immortalisée par Charlot vissant des boulons dans un même geste répété à l’infini aura vécu. Aujourd’hui le monde est en pleine mutation post-industrielle et nous continuons à labourer nos champs avec des boeufs. C’est ce décalage qui rend les promesses du gouvernement irréalistes. Ce n’est pas en refusant obstinément la mécanisation de l’agriculture que les emplois seront préservés. Ce n’est pas en faisant croire à une «stratégie industrielle» miracle que des emplois seront créés dans l’industrie où la robotisation est venue à bout du monde ouvrier. L’économie émergente aujourd’hui dans le monde est celle du savoir. Cela veut dire quoi? Tout simplement que la matière grise a remplacé les muscles dans tous les domaines d’activité. Le rôle de l’Etat est précisément d’orienter la population active du pays vers une plus grande corrélation entre l’éducation nationale, dans son sens le plus large, et le monde de l’économie. Ce ne sont pas les quelques conventions passées entre des universités et des entreprises qui régleront le problème à l’échelle nationale. Elles sont toutefois le signe d’une meilleure compréhension de l’incontournable mutation en cours sur le marché du travail. Sans trop d’effet malheureusement. Le gouvernement ne semble tirer aucune leçon de la persistance du chômage dans notre pays alors que de vastes chantiers sont lancés. Un million de logements, l’autoroute Est-Ouest, des dizaines de barrages, la réhabilitation du chemin de fer, des aéroports, des ports et pourtant le chômage est toujours là. L’équation d’hier qui voulait que le bâtiment, les travaux publics, l’agriculture et les grands ouvrages d’art peuvent «éponger» le chômage est aujourd’hui caduque. Pour tous ces chantiers il est plus question de savoir-faire que de bras. Encore moins de bras sans qualification. D’où le recours aux Chinois et au partenariat étranger tous azimuts. Et ni le micro-crédit, ni les 100 locaux par commune ne parviendront à régler durablement le problème du chômage. Du colmatage tout au plus. Une dernière question: notre taux de chômage est-il réellement celui que nous annonce le gouvernement? De quelles statistiques sort-il? Les statistiques font aussi partie de cette économie du savoir. On ne peut avoir l’une sans l’autre. Pendant que le monde avance, nos «génies» passent leur temps à trouver une différence entre chômeurs et demandeurs d’emploi. Et nous bercer de promesses. Que des promesses.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
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