Date
Chercher
Dans  et  Lancer la recherche
 Catégories
   Une
   Actualité
   Culture
   Sport
  Flux RSS
 Contact 
 Version PDF 

 

Mineure en «UT»
Abdellatif TOUALBIA - 20 Mars 2008

A l’assaut, Lamouri
Abdellatif TOUALBIA - 17 Mars 2008

Rambo à Douéra
Abdellatif TOUALBIA - 13 Mars 2008

Coupables, Farida et Oualima
Abdellatif TOUALBIA - 10 Mars 2008

Coup d’estoc
Abdellatif TOUALBIA - 06 Mars 2008

Impériale, Bechiri
22 Mars 2008
Lu 540 fois 

Sihem Bechiri, la présidente de la section correctionnelle du tribunal de Bir Mourad Raïs (cour d’Alger) demeure, qu’on le veuille ou non, une immense magistrate à l’esprit volontariste et au sens aigu d’écoute. Elle regarde le couple qui se déchire à la barre: «A-t-il jamais effectué le pas qui aurait restauré le bonheur, la paix, l’affection et l’amour?» murmure avec beaucoup d’hésitations l’ex-épouse désabusée mais non résignée.
Et vous alors? reprit magistralement la juge avec calme. La dame fit non de la fête et des épaules. Le foulard tomba sur ses frêles épaules ce qui dénuda une abondante chevelure passée dans un bain d’encre noire et encore frais visiblement.
La mari, lui, est dans un état d’excitation propre aux hommes traînés par-devant les juridictions par une femme fut-elle l’épouse voire l’ex-épouse. «Bien, de toutes les façons, le dossier est devant le tribunal et il s’agit de non-paiement de la pension alimentaire, et il est regrettable qu’en 2008, on en arrive à ce stade des poursuites. C’est comme si la justice n’a rien à faire, qu’elle se croise les bras en attendant que de tels dossiers tombent du ciel sur le pupitre des collègues», tonne sans élever la voix, Bechiri dont les traits tirés l’embellissent encore plus et son charmant regard devient du coup charmeur...
Le couple ne suit pas les remontrances de la magistrate. M’henna Ouamara, ce turbulent parquetier sait ce qui lui reste à faire et auparavant à dire: Il adore lancer en pleine audience, de véritables «prêches judiciaires» à l’adresse d’une assistance pas toujours initiée aux nombreux concepts judiciaires justement usités par les magistrats. Tout à coup, l’ex-mari tire de sa chemise blanche des feuillets: «Madame la présidente, voilà les reçus de l’année 2007 et janvier 2008», dit-il avant d’être proprement renvoyé à la barre par la juge qui n’aime pas de telles manières en plein débat:
«Vous, le tribunal ne vous autorise pas à bouger de votre place de prévenu. Quant à vous, madame, qu’avez-vous à dire?» lance Bechiri, pressée d’en finir avec ce couple venu déranger proprement le tribunal. «Je m’excuse madame la présidente, mais je...», dit à la va-vite, Chérif L. l’inculpé qui est sommé de se taire, la parole étant accordée à la victime qui ne va pas se faire prier une énième fois pour apprendre au tribunal que l’ex-mari fait dans la mauvaise foi et qu’il ne craint pas la justice. Et c’est ce genre de juges qu’adore Hamid notre lecteur de l’aéroport. «C’est faux, madame la présidente», coupe l’inculpé comme pour se défendre d’un crime qu’il n’a jamais commis. La juge se fait tolérante: «Qu’est-ce qui est faux? Je lui envoie des mandats. Certains reviennent. Je ne comprends pas ces gestes...».
«Est-ce vrai, victime?» demande la juge le plus sérieusement du monde, s’attendant probablement à des révélations qui peuvent changer le cours du procès. Et la victime de raconter que les envois ne sont pas sérieux: «Une fois, c’est un mandat de un mois, alors qu’il doit à ses enfants trois. Une autre fois, c’est un mandat de deux mois et demi pour quatre mois. Alors, quelle est ma position?» balbutie la victime Salima. «C’est simple. Vous allez alors chez l’huissier du coin. Vous allez reprendre tout le calcul de ce que doit l’inculpé à ses enfants et vous reviendrez la semaine prochaine ici devant le tribunal qui décidera de ce qu’il faudra faire», dit sans lever les yeux Sihem Bechiri, cette présidente qui plie mais ne rompt jamais, cette magistrate mère de famille jamais prête à tendre le cou quel que soit le motif. Elle est là pour rendre justice et elle ne peut que rendre justice sans états d’âme, ni peur, ni reproche. Rien que pour cela, elle ira loin, très loin, à condition de ne pas tomber dans le piège qui fait chuter les meilleurs magistrats.

Abdellatif TOUALBIA


Envoyer cet article à un ami Version imprimable Votre commentaire