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10 Avril 2008
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Après le patron de Nestlé, premier groupe agroalimentaire mondial, c’est au tour du secrétaire général de l’ONU, M.Ban Ki-moon, de monter au créneau et crier son indignation, dans un entretien au quotidien britannique The Guardian (qui est revenu en Une, dans son édition d’hier, sur le sujet) face à la production des biocarburants qui préparent une famine mondiale sans précédent. Son indignation fait suite au dossier établi, en octobre 2007, par son rapporteur au droit à l’alimentation qui aboutit à la conclusion que «l’utilisation des récoltes agricoles pour la production des biocarburants comme alternative au carburant est un crime contre l’humanité». Oui! vous avez bien lu: un crime contre l’humanité.
Un rapport scandaleusement mis sous étouffoir par la communauté internationale. Un rapport soigneusement étouffé par le bruit bien entretenu sur les risques majeurs du changement climatique que l’utilisation du pétrole comme énergie ferait courir à la planète. Tellement bien entretenu que des pays producteurs de pétrole et de gaz, comme le nôtre, n’hésitent pas à se faire hara-kiri.
La célébration, cette semaine, de la Journée mondiale de la santé sous le thème du «changement climatique» par nos institutions en est la meilleure illustration. Alors que même s’il fallait en admettre le principe, l’intelligence aurait voulu que l’accent soit mis sur l’énergie solaire, comme moyen de substitution, dont notre pays et tous ceux du Sud regorgent et que personne ne peut taxer de polluante. D’ailleurs, si vraiment le souci de l’Occident n’était que d’ordre environnemental, il aurait mis l’accent sur l’énergie éolienne qui n’est pas une ressource exclusivement au profit du Sud. Une ressource que l’Allemagne, par exemple, développe sérieusement. Non, le souci est ailleurs. Pour qui veut voir et rien qu’aux Etats-Unis, pas moins de 8 milliards d’hectares de champs de blé et de maïs, sont aujourd’hui destinés à la production du biocarburant. Pour qui veut voir aussi, «la danse du ventre» de l’Europe à ce sujet, il y a ce voeu pieux formulé par le Commissaire européen à l’Environnement, Stavros Dimas, selon qui «il serait préférable d’abandonner ces objectifs (les biocarburants) s’ils venaient à accroître la pauvreté et les risques sur l’environnement». Alors que dans le même temps, l’Union européenne se donne comme objectif, à l’horizon 2020, l’utilisation des biocarburants pour 10% de ses moyens de transport. Une danse du ventre chaleureusement rythmée par bon nombre de handicapés de la colonisabilité que le grand penseur algérien, Malek Bennabi, a si bien définis. Des handicapés qui gagneraient à réfléchir sur les véritables enjeux que le président brésilien Lulla dévoile quand il déclare que «cette révolution (les biocarburants) pourrait permettre de démocratiser l’accès à l’énergie, en remplaçant les 20 pays qui produisent de l’énergie par plus d’une centaine de pays qui pourront exporter vers les pays riches». Une révolution qui a permis au Brésil d’être aujourd’hui le premier producteur mondial d’éthanol. Parmi les 20 pays dont parle Lulla, figure, bien sûr, notre pays. Et malgré cela, il se trouve des officiels (pas responsables) algériens pour applaudir Al Gore et ses amis. Que ces officiels sachent que rien de ce qu’entreprend la communauté internationale n’est innocent. Que leurs efforts pour lui plaire ne sauveront rien ni personne. Que la mondialisation avance sans états d’âme. Qu’aucun crime contre l’humanité ne l’arrêtera. Pas même quand il est dénoncé par l’ONU. Alors, un peu de dignité et beaucoup d’imagination, pour essayer d’épargner nos enfants et nos petits-enfants, sont préférables aux gesticulations qui ouvrent droit seulement au morceau de sucre.

(zoume6@hotmail.com)

Zouhir MEBARKI


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