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Malmenée, l’enfance
12 Avril 2008 Lu 402 fois
Il n’a pas suffi que des enfants soient tués dans le ventre de leurs génitrices par les hordes barbares qui n’avaient aucunement besoin de démontrer leurs forces de groupes armés, assassinant à tout-va. Il n’a pas suffi que des enfants soient enfouis dans et sous les décombres de logements dont les normes de construction n’ont pas été respectées. Il n’a pas suffi qu’il y ait des enfants nés dans les maquis (1992-99). Il n’a pas suffi les maladresses, les négligences au niveau des soins dans des établissements hospitaliers. Voilà qu’en 2008 et un 6 avril, au tribunal de Bir Mourad Raïs (cour d’Alger), nous avions vécu les conséquences d’un drame. Une gynécologue, une assistante médicale d’une clinique et une fille mère qui ne voulait pas du bébé de la honte, ont comparu sur la base des articles 304 et 306 du Code pénal: l’avortement. Ce crime qu’on a passé en «délit» a soulevé l’indignation dans la salle d’audience, une audience sereine, certes, mais poignante. La justice voulait tout savoir. Les policiers ont effectué un boulot remarquable, l’instruction était tout aussi remarquable et donc les débats menés de main de maître par la présidente de la section correctionnelle, nous nommons Sihem Bechiri, toujours au fait de ses dossiers et donc évitant adroitement les écueils. Et ce dossier portant sur un grave délit va être passé au crible avec beaucoup d’à-propos. «Revenez me voir l’après-midi. Prenez-mon numéro de téléphone et surtout évitez d’aller à l’hôpital», avait dit le médecin à une jeune fille, venue pour avorter. Pourtant, la gynécologue nie avoir opéré... Sihem Bechiri, la juge, questionne le médecin. La dame semble out, hors du coup et visiblement affectée par l’inculpation. Malgré cela, elle va entrer dans le jargon du métier de l’obstétrique. Elle dément avoir demandé du fric pour l’opération. Elle trouve même ridicule les poursuites à son encontre, car elle n’a constaté que du retard dans le cycle mensuel et dira, à quatre reprises, qu’elle n’a rien entrepris ni commis de délit... La petite menue «maman» inculpée parle posément. Elle donne l’impression de dire toute la vérité. Elle revient sur les expressions: «Il n’y a pas de problème», «Il revient à toi d’amener du fric», «Ne t’en fais pas, ce sera facile comme procédé». Beaucoup de zones d’ombre... Bechiri écoute et rappelle, à toutes fins utiles, à l’inculpée son statut. Donc, pas de tentatives de dribbles pour s’en sortir car le délit y est bel et bien... Nous apprenons que le foetus avait six semaines. Maître Hakima Djouadi, venue de la fière Chlef, suit avec beaucoup d’attention les débats. Elle posera même une question: si la gynécologue connaissait la future maman inculpée? La réponse est non. Et voilà que Naïma Amirat s’en mêle. Elle pose de bonnes questions dignes du parquet. C’est ainsi que nous apprendrons que Fatma-Zohra L., l’inculpée, avait été dirigée sur un cabinet d’un gynécologue homme. «Lorsque j’ai été reçue par une femme, je n’ai pas trouvé à redire.» «Deux ans ferme pour chacune des inculpées», demande, entre ses mâchoires, Amirat, qui va tout de même suivre les plaidoiries qui vont basculer vers les demandes attendues par tout inculpé contre qui on a requis de lourdes peines. Les deux avocats des inculpées vont peser de tout leur poids en droit, notamment rappeler au tribunal que les preuves sont absentes et que cette histoire de pot-de-vin exigé par le médecin doit fondre comme neige au soleil, car la clinique fait entrer beaucoup plus que Fatma-Zohra peut offrir. Maître Hakima Djouadi, pour la maman inculpée, reconnaît l’avortement, car sa cliente a été effarouchée par la société, elle, l’étudiante venue d’une famille honorable. «Elle mérite les circonstances atténuantes. Ce qui lui est arrivé est terrible. N’ajoutons pas une peine de prison à la perte d’un bébé, l’aura parmi les siens et surtout un moral à plat», a articulé la jolie avocate de Chlef qui disparaîtra de la salle d’audience pour les hauteurs du «Chellif» retrouver les siens où elle y attendra huit jours pour prendre acte du verdict. Fatma-Zohra, elle, très jeune et très petite de taille, avait été «bombardée» de questions qui ont dû la ramener loin derrière, sa bêtise, son état de fille-mère, le délit d’avortement, les incessants va-et-vient home-tribunal-parents-magistrats-avocats, etc. La gynécologue, elle, tout à fait élégante malgré le poids des poursuites, a su rester digne et surtout sereine car elle n’a pas dépassé le cadre de sa défense qui avait consisté à répéter avec beaucoup de lourdeur dans l’articulation, qu’elle n’avait pris que la température et constaté le retard dans les règles. «Ce n’est pas vrai. Je n’ai jamais rien demandé à cette fille.» Ces propos peuvent être pris pour argent comptant sur le fait que l’inculpée mère avait dit explicitement qu’elle était venue voir un gynécologue, pas une. Et la vérité se situe à ce niveau. Le reste n’est qu’élucubrations d’une fille en pleine peur bleue d’être découverte dans cet état. Un enfant né dans de douloureuses conditions, ce n’est pas déjà gai, mais qu’un bébé, à l’état de foetus, soit supprimé pour des raisons de...déshonneur, de trouille de la société, voire de la famille, et même des gains faciles et mercantiles, cela relève du crime, même si la loi a correctionnalisé l’avortement. Le verdict est en examen pour le 27 avril 2008.
Abdellatif TOUALBIA
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