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HARRAGA, UNE HISTOIRE D’AMOUR
14 Avril 2008
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Pourquoi les jeunes Algériens veulent-ils fuir leur pays? Est-ce seulement pour des raisons économiques, c’est-à-dire matérielles? Est-ce à cause du monde merveilleux d’ailleurs que les chaînes de télé satellitaires leur racontent à longueur de soirées? Est-ce à cause des promesses non tenues des gouvernants, de mille et un projets qui les concernent? Le phénomène des harragas n’endeuille pas que les familles de ces enfants décidés à en découdre avec leur destin. Il change le regard de la société sur elle-même et «effraie» les gouvernants qui pensent que l’on peut faire aimer le pays par un simple discours. Réduire le phénomène (le mouvement?) des harragas à la seule misère économique de ces milliers de jeunes ne suffit pas.
Je ne peux oublier les dizaines de jeunes Algériens vivant clandestinement en Belgique, en France, en Hollande...que les exigences du métier de journaliste me font rencontrer au gré du hasard. «La mal-vie!» crient-ils. Allez expliquer ce que porte comme sens ce groupe de mots, ce cri. Au fil des discussions, eux, arrivent à vous faire sentir quelques-unes des raisons de leur choix de vivre ailleurs ou mourir.
«Au pays on ne vivait pas, on était comme des morts-vivants, des zombies.» Ils vous disent combien ils ne se sentaient pas libres. Libres de dire et surtout d’être entendus quand ils disaient leurs malheurs aux gouvernants. Libre de draguer. Libre d’aimer.
«Moi, je gagnais plus ou moins ma vie correctement» me dit Mourad, la trentaine, et d’ajouter: «Je sortais le matin pour travailler, puis je rentrais le soir à la maison...tout le temps, infiniment. Sans rien d’autre. Je connaissais bien une fille du quartier, mais nous ne pouvions ni sortir, ni nous tenir la main dans la rue et encore moins aller en boîte le soir. C’est très cher et puis ses parents ne l’acceptaient pas.»
Tout est compliqué, violent, sans issue, estime-t-il. Ainsi, les harragas n’existent pas à cause de la seule misère économique. Ils sont, surtout, l’expression d’une société qui a plombé ses propres libertés, qui a étouffé ses sentiments et refoulé sa tendresse.
Terrible situation qu’un simple plan de relance de l’emploi ciblant les jeunes ne saurait faire disparaître. Cela est si vrai qu’il n’y a pas que des jeunes désoeuvrés dans le monde des harragas. Sinon comment expliquer la partie des harragas qui avaient un emploi, un appartement, voire une famille? Sinon comment expliquer les harragate? Oui, il y a des filles qui rejoignent les barques et chaloupes de fortune qui appareillent vers le Nord. Ces jeunes vous expliquent qu’ils vivaient dans l’âme, l’exil. De l’intérieur.
En tentant la harga, ils voulaient être tout simplement libres. Vivre. Et ne croyez pas qu’ils quittent le pays sans état d’âme. Pour ceux qui arrivent en Europe, ils vous disent, souvent avec des larmes, qu’ils n’avaient plus le choix. Ils auraient aimé vivre au bled avec un peu de dignité et de liberté. C’est leur discours.
Avons-nous un autre à leur proposer? Chaque harraga est un chapitre personnel faisant partie d’une seule grande histoire, celle de cette Algérie d’aujourd’hui qui leur refuse l’écoute et la tendresse qui font grandir les enfants.
Qu’y a-t-il de plus terrible que les accusations que certains pouvoirs publics portent sur les harragas? Peut-on charger de tous les maux un jeune de 20 ans qui crie son désarroi, sa solitude et son besoin d’aimer et d’être aimé? Ne faudrait-il pas l’écouter, tenter de le comprendre et lui montrer qu’on peut l’aider à sortir de son enfer à lui? Lui dire que son pays s’engage à le «guérir» de son mal, de sa mal-vie. Lui dire en fait, que son pays l’aime. Comme une maman. Car un enfant ne quitte pas sa maman, même si elle est la plus pauvre de la Terre.

bouzinamed@yahoo.fr

M’hammedi BOUZINA


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