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Ah! les deniers publics
21 Avril 2008 Lu 431 fois
Arous, le président du tribunal criminel d’Alger a mené de rudes mais corrects débats dans un dossier de complicité de dilapidation de deniers publics où l’inculpé a été secoué par des questions posées d’une manière musclée mais à la limite de l’exagération. «C’est vous le DG. Vos instructions sont allées dans le sens d’ouverture de ces services aux agents qui ne font qu’obéir. Vous aviez achevé le projet pour vingt et un milliards de centimes et c’est votre seule responsabilité car la base des dépenses n’était pas solide». Il y a beaucoup de chantiers depuis TAM jusqu’à Mosta et les gens responsables évitent de quitter la piste...On vous reproche pire que de la mauvaise gestion qui n’est plus un crime depuis l’abrogation de l’article 421 du Code pénal, avait lancé le magistrat que suit religieusement Salim Saouli, le procureur général de cette audience et qui attend son heure pour brandir l’épée des demandes. L’accusé répond posément. Il est visiblement sûr de ses réponses. Et comme pour marquer une pause, Arous évoque la circulation et avant, l’entrée dans les aires pétrolifères avec l’autorisation du wali. Me Samir Sidi Saïd, l’avocat corrige le juge. «Il faut une autorisation militaire». «Je ne connais pas ce côté-ci de la réglementation au Sud du pays», reconnaît-il sans complexe. Puis, il reprend l’interrogation autour de la société dirigée par l’accusé qui sera condamné en qualité d’inculpé. Si le premier accusé est un natif de Cirta, le témoin, ex-inculpé ayant bénéficié du non-lieu et né lui, à Tlemcen: Moussaoui Abdelmalek. Son témoignage timide démarre avec beaucoup de trac, surtout pour un ex-inculpé ayant connu les affres des va-et-vient comme juridiction. «Que lui aviez-vous signé en qualité de collaborateur?» demande à haute voix le juge qui obtient «Un milliard six cent millions de centimes, ce qui représente quinze pour cent du contrat». «C’est plus que cinquante pour cent du montant», clame Arous, d’excellente humeur et dominant le sujet. Le témoin explique aussi la pression exercée à la suite du chantier de GNL: «On allait vite». Saouli exhibe un PV d’audition et lit deux phrases qui font sursauter Moussaoui lequel marmonne: «Ah oui, c’est vrai...» «Attendez la fin de la lecture du paragraphe», signale le procureur qui passe au second passage: confond propos autour de lourds achats effectués par Amara, le DG de l’entreprise, l’accusé qui suit silencieusement cet interrogatoire où le juge marque des points sous l’oeil vif de Me Sidi Saïd et Me Zoubir Soudani, cet avocat venu de Constantine jouer à fond dans la défense de son client. Saouli depuis le siège du ministère public pose des questions à l’accusé autour des droits et devoirs des entreprises sous contrat. «Il y a des contrats négociés, le gré a gré...» «Non, nous aussi nous maîtrisons les procédures du gré a gré. Aujourd’hui ce n’est plus la même démarche. Il y a des moyens et les sociétés étrangères se bousculent au portillon, ce n’est pas rien ça!» dit le procureur général qui va reprocher a l’accusé d’avoir été un DG adjoint à la Sonatrach. «Vous aviez noué des relations personnelles, ce qui n’est pas en soi un délit, mais, car il y a un mais, la différence qui s’est volatilisée sur le contrat des deux milliards a été ou non demandée? Aviez-vous récupéré cette différence?» «Non, laissez-moi vous expliquer cette parabole et ce raccourci simpliste. Ce n’est pas si aisé que vous semblez le croire», rétorque l’accusé qui va alors devoir entrer dans la «trémie» d’une explication technique où est né un conflit. «Pourquoi y a-t-il eu ce conflit?», s’écrie Arous qu va s’emballer lorsque l’accusé ajoute: «L’ignorance des procédures dans les litiges et ce, par les étrangers.» De fil en aiguille, Arous a dû être fixé avant les délibérations puisque, avant de lever l’audience, il a laissé échapper le concept de «circonstances atténuantes», donc le juge avait une idée sur le verdict avant même les délibérations. C’est de bonne guerre. Et puis, y a Allah! quand allons-nous assister à un verdict allant vers l’acquittement après une longue détention préventive? Aucune chance et rien que pour cela, nous demeurons pessimiste sur l’état actuel de notre justice, une justice qui ne brille que par à coup et jamais perpétuellement.
Abdellatif TOUALBIA
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