| |
Les Algériens sont-ils devenus masochistes?
30 Avril 2008 Lu 1105 fois
Les griefs que peuvent porter les Algériens à leur administration sont très souvent plus que justifiés. Du mauvais accueil à l’abus de pouvoir, en passant par l’incompétence, les passe-droits et la gangrène bureaucratique sans oublier la corruption, les services publics rassemblent une densité telle de points noirs au centimètre carré qu’ils pourraient leur décrocher la meilleure place au Guinness des records. A commencer par l’administration locale dont les élus, à de rares exceptions, ne pensent qu’à leurs petites et grandes affaires et affichent envers leurs administrés une attention hypocrite avant les élections qui se transforme, aussitôt le scrutin connu, par le plus grand mépris qui dure tout au long du mandat. L’administration centrale n’est pas en reste avec son refus de communiquer, l’absence de réception des citoyens, son appétit démesuré pour la paperasse. Telle une coquille difficile à ouvrir, elle cache en réalité ses lacunes et son incapacité chronique à jouer pleinement son rôle. A régler les problèmes des citoyens. Tout ceci est vrai. Tellement vrai que la réforme des structures de l’Etat, engagée, s’avère elle-même ardue. Très ardue. Tant les résistances sont fortes. Imaginez un instant que le jour où l’administration fonctionnera convenablement, où les droits et les devoirs tant des citoyens que de l’administration seront réellement respectés, que restera-t-il de la considération surfaite dont bénéficie aujourd’hui le plus petit des bureaucrates? Rien! Il ne pourra plus monnayer son «service». Il ne fera plus l’objet de l’attention portée aux personnes que tout le monde voudrait avoir dans son carnet d’adresses. Ce statut fait de modestie et de salaire pour toute richesse, le bureaucrate le rejette avec la dernière énergie. Tout ceci est vrai. Tellement vrai que l’expression du mécontentement des citoyens dépasse le droit pour devenir obligation. Le problème réside dans le mode d’expression. Les Japonais portent des brassards pour revendiquer leurs droits. Ailleurs, les gens défilent pacifiquement en portant des banderoles. Ce qui se passe en Algérie n’a rien à voir avec un quelconque mode d’expression. Brûler une poste ou saccager un centre de formation professionnelle c’est ne plus pouvoir, le lendemain, effectuer un retrait du CCP. C’est voir son enfant privé de formation faute de centre. Non, les Algériens ne sont pas masochistes. Les émeutes auxquelles on assiste un peu partout dans le pays pour un oui ou pour un non, ne peuvent être que nuisibles à la population. Elles ne sont pas et ne seront jamais un mode d’expression. Les terroristes aussi, dans les années 90, ciblaient les édifices publics. Leurs actions ont simplement changé de «support». Il est très facile de pousser des adolescents en groupe dans la violence. Le procédé repose sur le même principe que celui des chauffeurs de salle lors des galas ou des concerts. On l’a vu, cela peut partir d’un pétard comme à Berriane ou d’une catastrophe naturelle vieille de 30 ans comme à Chlef. Le but est de maintenir ouverte la plaie et de ne pas laisser la cicatrisation de la douloureuse fitna qui nous a déchirés durant plus d’une décennie. La maintenir ouverte dans l’espoir de pouvoir rendre possible sa résurgence. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les révélations faites par Maître Ksentini sur les actions subversives de certaines ONG et médias étrangers. L’Algérie en paix, l’Algérie qui se reconstruit, l’Algérie qui se développe n’est pas du goût de certaines officines qui ont d’autres projets de malheurs pour nous. La crise économique et la crise alimentaire qui secouent le monde ne sont pas faites pour épargner notre pays. Ce qui embête le plus les commanditaires de ces nouvelles calamités est le fait que nous avons réussi, jusque-là, à en esquiver les effets. A défaut d’émeutes de la faim qui sont en train de secouer nombre de pays, on nous «sert» les émeutes des dos- d’âne. Ah, si l’on pouvait apprendre rapidement à manifester comme les Japonais!
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
|
|