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Le tamis et le soleil
29 Mai 2008 Lu 539 fois
On devine aisément le stress des parents qui ont conduit leurs enfants aux établissements scolaires où se sont déroulées les épreuves de passage en 1re année moyenne (ex-7e AF). On devine leur appréhension devant la pagaille organisée par une mauvaise préparation à cet événement qui revêt une importance capitale aux yeux de ce petit bout d’homme qui voit se clore un premier épisode dans son apprentissage de la vie et qui va faire un saut dans l’inconnu. Tous ceux qui sont passés par là se souviennent de la peur qui tient le ventre et assèche la gorge au moment de l’appel des élèves ou à la remise des épreuves. Le tremblement qui suivra, restera longtemps dans les mémoires de ceux qui croyaient que leur avenir tiendrait à une note jetée en haut d’une double feuille par un correcteur qui pense déjà à la manière dont il passera ses vacances. Tout ou presque, tout a déjà été dit sur la qualité de l’enseignement dans un pays qui a été livré à la pensée unique et à la scholastique. Devant les prouesses de réformes importantes et d’amélioration qualitative, le citoyen ne peut que rester dubitatif sur la nature changeante de la perception humaine. Il y a quarante ans, en 1968, au sortir d’un Conseil des ministres présidé par Boumediène, à Constantine (c’était la belle époque de l’équilibre régional où les apprentis sorciers ne jetaient pas de l’huile sur le feu et n’attisaient pas les rancunes communautaires), le ministre de l’Education nationale d’alors déclarait que «l’arabisation était irréversible». Ceci avec une certaine véhémence qui montrait la détermination du jeune ministre. Quarante ans après, il est doux de constater que le vieux ex-ministre, dont le parti, n’a pas reçu l’agrément d’un pouvoir aussi rigide que celui qu’il a servi, a revu sa copie: il regrette amèrement que la dimension berbère n’ait pas été prise en compte à l’époque. Tout cela pour dire, et ce n’est pas Mustapha Chérif qui me contredira, que Jacques Derrida est passé par là. Lui qui disait que l’identité d’un individu ou d’un groupe n’est jamais figée et qu’elle est en perpétuel devenir. «Panta Rhei» disait le philosophe grec. Ainsi, il appartient à la nouvelle école d’enseigner aux futurs citoyens, non pas la haine des autres, mais la compréhension des autres. C’est enfoncer des portes ouvertes de dire que le Maghreb fut berbère, subit les influences romaines, byzantines, arabes et européennes, et qu’à chaque douloureuse occupation, il s’est enrichi d’un lambeau de culture différente. Le Maghreb fut païen, judaïste, chrétien puis musulman. Chaque être qui habite cette portion de continent porte en lui les gènes de gens qui ont eu des certitudes puis qui en ont changé. Car comme disait Bouddha: «Il n’y a pas de plus constant que le changement». Ceux qui affirment le contraire sont soit aveugles ou sont guidés par des intérêts sordides.
Selim M’SILI
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