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15 Juin 2008
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L’artiste a un rôle très important dans une société policée, une société qui respecte les codes et qui déchiffre et assimile les propositions ou les leçons de l’artiste. Quand Auguste Bartholdi conçut sa fameuse statue de la Liberté, il eut à faire à l’idée qui germa dans sa tête, un long cheminement. Tout d’abord, pour honorer la démocratie américaine, il appela son oeuvre «la liberté éclairant le monde».
Les références à l’héritage gréco-latin sont assez visibles dans les éléments qui constituent la célèbre statue. Il invitait ainsi les nations du monde entier à suivre l’exemple des Etats-Unis d’Amérique qui, occupés encore à l’époque à construire les bases d’un Etat et d’un capitalisme dynamique et florissant, ne songeaient guère à mettre leur nez dans les affaires des autres comme ils ont commencé à le faire dès la fin du XIXe siècle.
Il est évident que l’artiste Bartholdi avait passé sous silence l’ignoble génocide dont furent victimes les Indiens d’Amérique et l’ignominieux état des droits civiques des descendants d’esclaves qui auront encore des décennies à souffrir au pays de la 1re Déclaration des droits de l’homme (mais de l’homme blanc seulement!)
La visite du monument interpelle dans un sens comme dans l’autre, le voyageur ou le touriste passant à proximité. Le dramaturge anglais Bernard Shaw avait fini par dire, non sans humour, lui qui connaissait toutes les faiblesses du système démocratique des pays occidentaux: «Les Américains sont comme les Européens: ils élèvent des statues à tous leurs grands morts», cependant le commun des mortels, grand ou petit, célèbre ou quidam, ne peut que produire une réflexion positive à l’égard de cette première démocratie moderne.
Cette admiration durera jusqu’à l’interventionnisme idéologique qui enfantera la guerre froide. Mais, dans la balance, à tout prendre, les éléments positifs l’emportent sur le négatif même si l’exécutif a pris le pas sur le législatif, même si des peuples sont opprimés au nom de cette démocratie, même si les droits de l’homme sont piétinés au nom de la raison d’Etat. Tout cela pour dire que la visite d’un monument peut être bénéfique surtout pour les visiteurs qui sont, par ailleurs, des décideurs dans les pays où la démocratie a du mal à sortir de sa gangue de préjugés et d’arguments périmés.
La célébration d’une fête nationale est, par ailleurs, l’occasion magnifique pour inviter un chef d’Etat classé par l’Otan dans l’Empire du mal. La Révolution française est un exemple éloquent d’une tentative d’abolition d’injustices et de privilèges exorbitants. Le 14 Juillet sera célébré en grande pompe dans tous les petits coins de France: un arbre de la liberté sera planté symboliquement pour signifier la pérennité de cet esprit révolutionnaire qui donna aux simples citoyens le droit de s’exprimer...en attendant la venue d’un dictateur.
Donc, il faut saluer l’invitation que Sarkozy a faite en direction de Bachar El-Assad. Elle dédouane le président syrien des accusations qui sont portées contre son régime. Mais je pense qu’il faut inviter aussi Ehud Olmert, ainsi, les deux hommes politiques pourront planter leur arbre de la liberté, et de Ghaza jusqu’à Damas, toutes les «Bastilles» tomberont.

Selim M’SILI


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