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SOS, labès!
07 Octobre 2008 Lu 1047 fois
La plupart de nos collègues (enfin les survivants), ceux qui ont échappé aux attentats ciblés, aux balles perdues, aux lames des égarés, à l’exil forcé dans une lointaine ex-métropole...) ont célébré à leur manière, le vingtième anniversaire des événements du 5 Octobre 1988 et ont établi un bilan, chacun à sa façon, des avancées et des reculs de notre société. Manipulation ou pas, la plupart des témoins ont rappelé la grève gigantesque qui a précédé le 5 Octobre et qui a paralysé la zone industrielle de Rouiba. Beaucoup ont parlé de la vague d’arrestations survenues à la veille de ce 5 Octobre, arrestations qui ont ciblé des citoyens qui portaient une étiquette progressiste, selon les critères de l’époque. Peu ont conclu que le 5 Octobre fut la rampe de lancement du mouvement intégriste qui avait été sournoisement préparé dans les laboratoires d’un régime rentier. Quoi qu’il en soit, les lendemains furent d’un contraste saisissant: entre l’éclosion d’une presse gourmande de libertés, l’avènement d’un terrorisme barbare favorisé par une éclipse aussi soudaine qu’inattendue de la puissance de l’Etat et les difficultés financières du pays, l’éventail des changements est assez large pour que chacun y trouve ses comptes. C’est à la situation qui prévaut aujourd’hui que les changements peuvent être mesurés. Le premier phénomène qui frappe les esprits est celui des harraga qui prend de plus en plus d’ampleur, en dépit des mesures de plus en plus répressives prises à leur encontre. Cette terrible hémorragie, qui ne touchait que les pays subsahariens, a contaminé l’Afrique du Nord, mettant à nu les dures conditions de vie d’une jeunesse désespérée et l’inefficacité d’un système politique verrouillé. L’absence de statistiques fiables ou crédibles favorise la spéculation sur les réalités du marché du travail: le sous-emploi, le travail au noir et le chômage endémique qui favorise une économie informelle, tolérée par la puissance publique, au nom d’une paix sociale recherchée à tout prix. Cette paix sociale a été quelque peu perturbée par l’émergence de syndicats libres qui ont défié la puissance administrative et mis en valeur l’inertie du syndicat historique hérité du parti unique. Cette reconnaissance de facto est illustrée par une amélioration des salaires de l’éducation (rien à voir évidemment avec les parachutes dorés des députés élus par un tiers des électeurs!) à laquelle le ministre Benbouzid a rendu un vibrant hommage, quelques jours simplement après que les enseignants contractuels aient été réprimés après une longue grève de la faim. La liberté de la presse existe malgré un code contraignant: relever les tares du système revient à cracher en l’air, puisque le parti unique existe toujours, verrouillant de plus en plus tous les champs d’expression et conservant, pour longtemps encore, le monopole de la Télévision. On peut évidemment chanter les louanges de ceux qui construisent les autoroutes, les barrages, les usines de dessalement d’eau de mer comme on peut déplorer l’encouragement au recours au crédit, pour acheter des engins polluants et meurtriers, alors que l’accès au logement est de plus en plus difficile. On peut toujours crier aux scandales financiers qui ont émaillé l’actualité des dernières années ou critiquer une même révision constitutionnelle. Le fossé entre riches et pauvres s’agrandit sans cesse, et ce n’est pas l’éternel état d’urgence qui le comblera. Et le discours du 19 septembre du président Chadli est toujours d’une actualité brûlante. Il suffit de lui changer la date!
Selim M’SILI
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