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Le chaâbi se cache pour bien mourir
22 Octobre 2008
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«La musique est l’aliment de l’amour.»
William Shakespeare
Extrait de La Nuit des rois

Le chaâbi est-il une musique en voie de disparition pour occuper une place perdue vers 1h du matin dans le programme de la télévision. Depuis quelque temps, boudé par les scènes algériennes ainsi que par le public, il est devenu au fil des années un genre qu’on écoute «occasionnellement», dans les fêtes de mariage, les soirées du mois de Ramadhan ou encore dans le cadre des commémorations et des cérémonies d’hommage. Rares sont les interprètes de chaâbi qui font salle comble. Seuls El Hadj El Hachemi Guerrouabi était capable de le faire. Alors qu’Amar Zahi qui est très sollicité, est resté confiné dans sa maison et ne répond qu’à de rares fêtes familiales. Le festival chaâbi était l’occasion de faire ce triste constat. Le public a véritablement boudé cette manifestation qui a fait découvrir depuis 1969 plusieurs grands noms du chaâbi. Les responsables du secteur expliquent que ce manque de public est dû à l’absence de promotion, car malgré les spots publicitaires diffusés à la radio El Bahdja (soutien indéfectible de la chanson chaâbie), cela n’a pas suffi et le public n’a pas suivi. Certains artistes ont même accusé l’Etat et les médias de favoriser le raï et la chanson orientale au détriment de la musique chaâbie. Réda Doumaz, l’intellectuel du chaâbi et auteur d’un dictionnaire sur l’andalou et la musique chaâbie, affirme que cette régression est due également à la baisse du niveau intellectuel et culturel du public. «La qcida est conçue dans un langage qui n’est pas accessible à tout le monde», affirme-t-il. Une analyse assez juste puisque les chanteurs de chaâbi, qui s’adonnent à ce genre musical, ont changé leur vision depuis quelques années, plus précisément depuis le début des années 90. De nos jours, le jeune musicien est plus apte à la chansonnette qu’à la qcida, affirme encore un ancien élève d’El Anka, qui a abandonné complètement la chanson chaâbie. Et pourtant, le chaâbi avait une longue histoire derrière lui. Le genre a été créé en 1947. Le style était qualifié de Madih (élogieux) et Moghrabi (marocain) par le public et les artistes qui le pratiquaient au début du XXe siècle. C’est à la radio, à l’époque coloniale, qu’a été lancé ce genre dans les émissions de langues arabe et kabyle (E.L.A.K). C’est cheikh Mohamed El Anka, qui a donné à ce genre musical ses lettres de noblesse. Ensuite, de nombreux cheikhs avaient contribué à la formation de générations de chanteurs chaâbis. On citera par exemple: cheikh Sadji Mustapaha dit Nador qui avait inspiré et influencé El Anka, Cheikh Mrizek, Saïd El Madah, Mohamed Kbaïli, Khelifa Belkacem, El Hadj Menouar, Tidjani Benrazem, Dahmane El Harrachi, Mohamed Marocain, El Hasnaoui, Slimane Azem. Alors qu’on pensait que le genre était effacé par le raï dans les années 90, au contraire, il a connu une nouvelle génération tout aussi talentueuse, de chanteurs comme Abdelmadjid Meskoud qui a concurrencé le raï avec sa chanson El Assima, ou encore les néo-chaâbis Kamel Messaoudi, Mourad Djaâfri, Noureddine Alane, Nacerdine Galiz, Omar Lamraoui, tous des amis, qui fréquentaient le studio Soleil, situé en face du commissariat de Cavaignac à Alger. Mais après la disparition d’El-Anka et de Guerrouabi, le chaâbi a replongé encore dans le coma et c’est dommage.

amirasoltane08@live.fr

Amira SOLTANE


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