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Engagements
29 Octobre 2008 Lu 739 fois
Cela fait toujours plaisir de voir un Algérien représenter dignement son pays sur un plateau de télévision étrangère, même si cet Algérien, écrivain de talent de surcroît, est un salarié de ce même Etat. C’est la deuxième fois que j’assiste à un spectacle réconfortant: la première, c’était le regretté Ferhat Abbas qui défendait la lutte de Libération nationale même si l’épilogue de celle-ci l’avait desservi et la seconde, c’est Yasmina Khadra qui était reçu sur le plateau du subversif Thierry Ardisson qui eut le tact de ne pas lui poser des questions embarrassantes sur la liberté d’expression au sud de la Méditerranée ou sur son passage à la grande muette. Toute la séquence fut consacrée à la littérature telle que la pratique Khadra et à l’indifférence des salons parisiens envers ceux qui ne crachent pas sur leur pays ou qui ne dénoncent pas leurs anciens collègues. Enfin, cela fait plaisir, mais en même temps, ce comportement digne renvoie automatiquement à d’autres attitudes. Comment ne pas penser aux autres célébrités qui ont tourné le dos ou ont coupé les ponts avec le pays natal, une fois acquise une certaine notoriété? Comment ne pas penser aux reniements de ceux qui veulent se faire une place à tout prix dans les maisons d’édition d’outre-mer? Mais cela renvoie aussi à des débats stériles qui reviennent, de temps en temps, dans le désert culturel où nous vivons. Ainsi, je me suis senti interpellé par le fait que des témoins authentiques ont rapporté, scandalisés, l’attitude de feu Marcel Mouloudji durant la guerre de Libération. Je fus d’abord choqué que celui que je considérais comme un chanteur progressiste et qui m’avait fait rêver durant mon adolescence, qui avait si bien chanté Le déserteur (chanson composée par Boris Vian durant la guerre d’Indochine) et que nous écoutions en secret quand les bérets rouges semaient la terreur dans nos campagnes. Eh oui! la prise de conscience et la solidarité, ce n’est pas donné à tout le monde. Comment ne pas faire la comparaison avec les intellectuels qui ont choisi de soutenir un combat juste, en dépit de leur communauté d’origine: Audin, Maillot, Laban?... Comment ne pas saluer le geste des 121 intellectuels signataires de la fameuse lettre adressée au gouvernement français demandant l’arrêt immédiat de la guerre en Algérie? Comment ne pas exprimer respect et admiration devant le calvaire subi par Henri Alleg pour son combat courageux? Mais d’un autre côté, on peut demeurer indulgent devant «l’apolitisme» d’un artiste élevé dans la culture française et dont la moitié algérienne s’est montrée défaillante quand un Jean Amrouche exprimait son déchirement devant son pays martyrisé. Et si Mouloudji avait eu un autre itinéraire? Aurait-il connu le même sort que Marguerite Taos Amrouche qui fut interdite d’expression durant le 1er Festival panafricain d’Alger quand Myriam Makéba moissonnait les succès officiels et populaires? Marguerite Taos Amrouche voulait simplement chanter en berbère!
Selim M’SILI
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