| |
Les deux volets d’une vieille affaire
15 Janvier 2009 Lu 633 fois
Année 1990. L’Algérie est comme un bateau ivre qui tangue de tous les côtés. Les Algériens découvrent la démocratie.
Cette semaine a eu lieu un procès peu ordinaire, qu’un seul quotidien a rapporté. Peu ordinaire pour deux raisons. La première est qu’il clôt le calvaire enduré par un homme depuis plus de 18 ans. Depuis 1990 où il était à la tête de l’importante société nationale Enapal. Il lui a été reproché d’avoir passé un contrat de transport maritime avec une entreprise étrangère (Unishipping) au lieu de la compagnie nationale Cnan. Dans sa défense, on retiendra deux faits majeurs. Le premier est de n’avoir fait qu’appliquer les instructions du ministre de l’Economie de l’époque. Le deuxième fait est, toujours en application des mêmes instructions, celui d’avoir fait jouer la concurrence et réussi par là à faire économiser à son entreprise cinq millions et demi de dollars. Le tribunal criminel l’a enfin entendu dimanche dernier et dans son verdict l’a «reconnu non coupable». Ceci après une longue bataille juridique, au cours de laquelle l’ancien cadre a passé six années et demi en prison. De multiples comparutions pour cette même affaire qui lui ont valu des condamnations de dix ans de prison ferme, puis 5, puis 3. Un vrai calvaire donc qui vient de s’achever par un acquittement. On devine aisément son soulagement et le bonheur de sa famille. Donc, fin de l’action judiciaire. L’affaire n’est cependant pas que cela. Elle est aussi et surtout politique. Flash-back. Année 1990. L’Algérie est comme un bateau ivre qui tangue de tous les côtés. Les Algériens découvrent la démocratie. La Télévision nationale leur retransmet des débats politiques houleux. Du jamais-vu pour eux. Un ton nouveau qui les abasourdit. C’est aussi l’année de la naissance de la presse privée. De plusieurs partis politiques dont le FIS qui, bien qu’interdit quelque temps après, marquera à jamais l’histoire de l’Algérie. Durant toute cette époque tumultueuse, l’équipe gouvernementale en place était dirigée par M.Mouloud Hamrouche. Il avait initié une batterie de réformes au point que le courant qu’il représentait était désigné comme étant «le courant des réformateurs». Une audacieuse promotion de jeunes à des postes sensibles de l’Etat, en laissait plus d’un perplexe. Citons l’exemple -qui a forcément un lien avec cette affaire- de la nomination de l’attaché de presse des Douanes nationales au poste de directeur général. C’est dans un tel climat d’incertitudes et de fortes convulsions qu’a éclaté l’affaire Enapal. L’Enapal (Entreprise nationale de produits alimentaires) avait succédé à l’Onaco chargé d’approvisionner le marché alimentaire algérien. Unishipping est une société par actions simplifiée de droit français, créée en 1986. Mais avant d’en arriver à la conclusion du fameux contrat, il y eut une étude préalable confiée à ACT consultants, un bureau installé en France. Pour le compte de l’Algérie, ACT a travaillé (tel que mentionné sur son site web) «pour la mise et la conduite des conditions de démonopolisation du commerce extérieur algérien». Le décor ainsi planté, revenons aux arguments de la défense du P-DG. D’abord sur les instructions du ministre de l’Economie qui, depuis, vit en France, donc du gouvernement. Des points restent obscurs sachant que l’Algérie n’a de commerce extérieur, hormis les hydrocarbures, que l’importation. D’exportation point. Jusqu’à ce jour d’ailleurs. Démonopoliser l’importation, c’est ouvrir le marché et non changer un détenteur de monopole par un autre. Le deuxième point est cette «économie» réalisée par l’Enapal en ne confiant pas le marché à la Cnan. Ces deux entreprises publiques avaient un seul et même propriétaire, l’Etat. Comme deux filiales d’un même groupe. Leurs recettes financières vont dans la même caisse, du Trésor public. Il y a comme un défaut de dire que verser de l’argent (quel que soit le montant d’ailleurs) dans la caisse d’une société étrangère au lieu de celle d’une société d’Etat est un gain pour l’Algérie. Arrêtons-nous sur ce choix du gouvernement de l’époque et que l’histoire ne manquera pas de disséquer. Mais déjà, chacun pourra apprécier qu’on est loin d’un acte de gestion et plus proche de l’acte politique. On est loin du P-DG de l’Enapal et plus proche du gouvernement. On est loin du tribunal criminel et plus proche de l’Histoire qui jugera.
(zoume6@hotmail.com)
Zouhir MEBARKI
|
|