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Le piège
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29 Mars 2009
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Il y a des moments où je pense vraiment appliquer la solution finale à mon portable: l’éteindre irrémédiablement ou le jeter aux orties! Je ne pense pas changer de puce, car la crise économique a porté un coup sévère à mon pouvoir d’achat. Il n’y a guère espoir d’amélioration à l’horizon vu que je suis loin d’appartenir à la catégorie des heureux élus qui touchent 30 Smig par mois ou de ceux dont les dettes ont été effacées d’un coup de baguette magique. Je suis, hélas, de ceux qui attendent tous les 1er Mai pour que leur retraite bénéficie d’une légère pichenette de 4%: augmentation qui ne saura compenser la course effrénée que se font concomitamment la sardine et la pomme de terre avec une tomate qui ne rougit pas d’être outsider. Ne croyez pas que ce soit une lubie, un caprice de vieil homme qui me pousserait à couper tous les contacts, à larguer les amarres...mais je suis arrivé à la conclusion que le portable est une seconde corde au cou: impossible d’échapper aux harcèlements des proches...
C’est au beau milieu d’un instant de quiétude ou de profond recueillement que la sonnerie de ce satané «engin» m’arrache en me faisant sursauter. Et avant de pouvoir ajuster mes lunettes, j’ai déjà une bonne dose d’adrénaline dans le sang. Et quand ce n’est pas ma charmante et indispensable moitié qui me demande (après m’avoir géographiquement situé) de revenir avec les bras chargés. C’est mon ami Sid-Ahmed (qui n’est plus à présenter) qui vient me relancer dans mes retranchements. Comme il passe le plus clair de sa retraite à lire tout ce qui s’écrit en français, il ne rate pas une occasion pour me faire des remarques sur mes dernières chroniques (sans mâcher ses mots). S’il évite de me parler de mon style, par contre, il est prolixe en ce qui concerne les thèmes que je traite. Et comme c’est un patriote indécrottable dont l’horloge s’est arrêtée aux années 70, il ne cesse d’essayer de m’orienter vers les sujets chers à la guerre froide, à l’édification du socialisme, à la défense de l’image de l’Algérie. Sa dernière intervention m’a laissé sans voix! Jugez-en: «Alors Sélim! Tu n’as plus de grain à moudre pour que tu prennes la défense de ceux qui cassent du sucre sur notre dos, à l’étranger!» «Tu veux parler de...» «Exactement! Je ne sais pas si tu manques d’inspiration ou simplement d’imagination, mais je trouve que l’actualité est assez riche pour te permettre d’élargir ta gamme: tu as failli à ta tâche en ne consacrant pas quelques lignes à la femme lors du 8 Mars et rendre ainsi hommage à celles qui ont travaillé, milité et qui ne sont plus. Alors, pour le 19 Mars, tu es passé complètement à côté de la plaque. Tu aurais pu, à cette occasion, faire ressusciter ce moment grandiose où s’est fait un grand silence avant l’explosion des cris de joie, des retrouvailles, de l’ouverture des portes des prisons et de celles des camps d’internement. Tu aurais pu au moins faire allusion à l’intrusion de la Force locale, à l’entrée des administrateurs algériens au Rocher Noir, aux longues queues de pieds-noirs devant les aéroports ou les embarcadères. Tu aurais pu même signaler, ici et là, des retournements de veste ou suggérer les efforts de la force tranquille qui fourbit ses armes pour prendre le pouvoir. Tu aurais pu esquisser l’angoisse d’un moment des patriotes qui s’interrogeaient sur l’avenir du pays. En un mot, tu as été hors sujet!».

Selim M’SILI


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