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Le ton fait la chanson
15 Juin 2009 Lu 863 fois
Le beau temps s’installe pour durer. La chaleur aussi. Les vacances s’annoncent pour bientôt, juste après les résultats des derniers examens et chacun y va de son petit projet pour échapper à la morose quotidienneté. Onze mois de travail ont mis à rude épreuve les nerfs de nos concitoyens confrontés à de multiples problèmes aussi bien matériels qu’existentiels. Alors, quoi de mieux qu’un mois de farniente pour changer de rythme de vie avant d’affronter une rentrée qui sera plutôt avec les ingrédients habituels, plus le Ramadhan qui débutera au mois d’août. Et alors, chacun essaiera de choisir une fenêtre comprise entre la période du Festival panafricain (beaucoup de jeunes tiennent à connaître ce que leurs aînés ont vécu) et celle de ceux qui ont survécu aux 3 Révolutions, aux restructurations, au PAP, au terrorisme et à la Réconciliation nationale, lesquels tiennent avant tout à comparer si le Panaf III pourra égaler le premier (le deuxième s’est déroulé à Lagos, ex-capitale du Nigeria). Et tout le monde de gloser sur la qualité des prestations de notre pays: qu’a-t-il produit de nouveau pour pouvoir épater les millions de spectateurs et de téléspectateurs qui vont suivre les diverses manifestations? Car il est plus difficile d’augmenter ou d’innover en matière de création artistique qu’en matière d’hydrocarbures et le deuxième Festival panafricain s’affirmera comme un impitoyable paramètre pour mesurer le chemin parcouru. S’il y avait en 1969 un discours politique sous-tendu par l’édification d’un socialisme spécifique, par des velléités anti-impérialistes ou par le non-alignement, il est légitime de se demander qu’en sera-t-il aujourd’hui? Quel répertoire offrira-t-on à nos auditeurs? Surtout en matière de chansons et de musique (c’est la première chose qui me vient à l’esprit, car, avant tout, le Panaf restera pour moi synonyme de chants et danses). Va-t-on remettre à l’honneur le fameux chant de Lamari Che Guevara ou va-t-on se contenter de reproduire les éternelles touchiates et autres noubas du répertoire andalou, avec au luth de jeunes maîtres habillés tout comme leurs prédécesseurs? Va-t-on inviter les chanteurs qui ont choisi librement leur exil pour réaffirmer la diversité culturelle algérienne ou leur fermera-t-on la porte comme on l’avait jadis fermée à Marguerite Taos Amrouche? Les temps ont changé et les discours aussi: Internet est là pour universaliser (mondialiser) les messages. Ce qui est sûr, c’est qu’entre les deux Panaf, le raï s’est affirmé, qu’il a pris la place de la chanson engagée et qu’Alger n’est plus la «Mecque» des révolutionnaires. A chaque régime son festival et à chaque festival son ton.
Selim M’SILI
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