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Le jeu du je

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Les journalistes algériens entretiennent, avec l´emploi du je, des rapports biaisés, dont l´ambiguïté le dispute au flou, voire à la précarité de leur profession. De fait, les pages réservées à l´actualité nationale, régionale ou internationale, qui sont considérées comme nobles, et qui sont censées privilégier l´information brute et le commentaire «reflétant» la ligne du journal, excluent de facto l´emploi du je, si elles ne le bannissent pas purement et simplement, au motif qu´il fait intervenir le facteur subjectif. Dire je, cela revient à faire entrer le loup dans la bergerie, à faire fi de la neutralité et de l´objectivité de l´information. Le journaliste, dit-on, doit mettre de côté son moi et s´effacer devant l´actualité. Est-ce à dire que ne reste alors que le surmoi, gardien vigilant du temple? «On ne vous paie pas pour parler de votre petite personne, mais pour rapporter fidèlement les faits», ne cessent de marteler les responsables de la rédaction. C´est que les journaux algériens, qui ont hérité d´El Moudjahid leur vision et leur méthodes de travail, - pas tous heureusement - sont considérés avant tout comme des organes politiques, au service d´une idéologie et d´un objectif politiques. Selon cette vision, on est un commis de l´Etat avant d´être un journaliste. Ou un soldat du feu.
Pour conjurer ce je comme un mauvais sort, on le parque dans certains espaces bien définis, notamment les chroniques, qui, elles, sont autorisées à adopter la liberté de ton. Certains «je» sont chouchoutés et protégés, comme des espèces rares, fragiles, en voie d´extinction. Ce fut le cas de Mesmar J´ha, la chronique irremplaçable de Saïd Mekbel, dont personne jusqu´à ce jour n´a réussi à retrouver la délicatesse et la noblesse. Lorsque je dis Je, c´est de nous que je veux parler, disait Victor Hugo. «Je est un autre» affirmait pour sa part Rimbaud. Ces deux citations résument toute la problématique de l´emploi du je. Victor Hugo, qui pensait que le poète est un mage, se voulait le porte-parole des déshérités et des laissés-pour-compte. Rimbaud, lui, posait crûment toute la problématique de l´altérité, problématique qui n´a pas cessé depuis lors d´interpeller les consciences modernes. Bref, Hugo autant que Rimbaud sont des poètes, mais qu´en est-il des journalistes? Tahar Djaout, qui avouait entretenir des rapports charnels avec les mots, répugnait à l´emploi du je. Il était l´exemple même de la discrétion.
Pourtant, il y a des moments où le je est de mise. Il s´impose de lui-même autant au journaliste qu´au lecteur qui adresse une lettre au journal dans l´espoir de se voir rendre justice. Lorsque cela ne suffit pas, il s´autorise même une lettre ouverte au président de la République, parce qu´il pense que le journal reste la dernière voie de recours.
Voilà donc le fin mot de l´affaire: c´est parce que le journal reste la dernière voie de recours que le journaliste s´interdit d´en user. On ne peut pas à tous les coups étaler sur l´espace public les choses qui concernent en premier chef l´intimité ou la vie privée. L´emploi du je est également concédé, - mais c´est leur droit -, à certaines plumes extérieures, qui interviennent ès qualité : écrivains, avocats, hommes politiques, membres du mouvement associatif, universitaires...
Néanmoins, certains chroniqueurs épisodiques débarquent dans les colonnes des journaux avec un je chaussé de gros sabots, comme des éléphants dans un magasin de porcelaine.
Enfin, si l´on considère qu´existe le je de narration, comme dans les oeuvres de fiction, on admirera alors le je éclaté de Kateb Yacine dans Nedjma, ou celui de Mohamed Dib dans sa fameuse trilogie. C´est juste pour rappeler que ces deux illustres écrivains ont été aussi des journalistes. Sans oublier que c´est un je pluriel et qui parle de nous.

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