Accueil |Chroniques | A pile ou face |

Le dimanche de Djaballah

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

Dans l´échiquier politique algérien, Djaballah se place naturellement, comme chacun sait, dans le camp islamiste. Qui plus est ce leader du parti El Islah, a choisi d´être dans l´opposition. Ses cibles, on les connaît, sont la modernité, l´émancipation de la femme, l´ouverture sur la modernité et la démocratie, la réforme de l´école, voire l´évangilisation de la société algérienne. Il a pendant longtemps milité pour l´application de la loi sur la généralisation de la langue arabe. Son activisme militant lui a fait marquer quelques points, notamment à l´Assemblée populaire nationale, où il est derrière la suppression du vote des militaires dans les casernes ou l´interdiction de l´importation des vins. Des succès politiques qui ne lui sont pas montés à la tête, puisque, à l´occasion de la présidentielle de 2004, il n´a pas hésité à s´allier avec le président du RCD, Saïd Sadi alors qu´il n´a pas cessé de vilipender les partis laïcs, tout comme en d´autres temps, à Sant´ Egidio, il avait prêté sa chéchia à Hocine Aït Ahmed. Il avait, dans son programme de candidature, défendu les droits de l´homme, la liberté d´expression et l´ouverture du champ audiovisuel.
Ces derniers jours, il a pris son bâton de pèlerin pour aller animer des conférences aux quatre coins du pays et vilipender Abrika, les arhs, Ouyahia et le week -end universel. Quelques jours auparavant, pourtant, il avait joint les voix de son parti à celles des partis de l´alliance présidentielle pour adopter l´accord d´association avec l´Union européenne. Et il vient de s´abstenir dans le vote de la nouvelle loi sur les hydrocarbures.
Tout cela pour dire que Djaballah, au fond est plus intelligent qu´on ne croit.
Malgré les déboires «organiques» qu´il a connus au sein de ses deux partis respectifs, Ennahda d´abord qui l´a bouté dehors et maintenant El Islah, où il doit affronter une fronde fomentée par on ne sait qui, c´est un homme qui n´est pas tout d´un bloc.
Il essaie de s´adapter. Tout en restant marqué par des relents de conservatisme, comme par exemple sa bravade contre le week-end universel, il ne perd pas le nord sur l´essentiel, même si quelque part, il n´arrive pas à voir la contradiction qu´il y a à soutenir dans le même temps l´accord d´association, et donc l´ouverture sur l´universalité. Peut-on dans le même temps acclamer l´adhésion à l´OMC et remettre en cause les incidences que cette adhésion implique sur la vie de tous les jours et sur l´organisation de la vie sociale et économique?
Les hésitations et les déboires de Djaballah sont un peu comme celles des dirigeants islamistes turcs, qui, pour entrer dans l´Union européenne, acceptent pour cela de revoir les lois sur la répudiation ou la lapidation de la femme, et en même temps répriment avec une rare brutalité une manifestation organisée par les devant les caméras du monde entier.
C´est la raison pour laquelle beaucoup de gens peuvent ne pas comprendre le malaise de Djaballah, qui veut aller vers la modernité et l´universalité et en même temps rougit comme un enfant pris en faute devant les pas qu´il faut franchir, les petits sacrifices qu´il faut consentir.
Avec ses airs ingénus de hippy barbu, le leader des archs, Abrika, arrive à mettre mal à l´aise les dirigeants islamistes, feu Mahfoud Nahnah d´abord, et maintenant Abdallah Djaballah.
On peut être sûr que si Djaballah et Abrika s´en donnaient la peine, ils trouveraient beaucoup de convergences et de points communs. Parce qu´une fois passés les effets de manche, Djaballah nous a habitués aux retournements de situation et au fait qu´il doit savoir faire des compromis. C´est-à-dire qu´en bon islamiste qu´il est, il ne refuse pas de mettre de l´eau dans son leben.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha