Ciao Karol

C´est le journal italien Il Tiempo qui a le mieux résumé l´homme qu´était Jean-Paul II, en titrant à la une: «Ciao Karol!». Ça veut tout dire. Oui, Jean-Paul II a été le premier pape non italien de l´histoire depuis plus de 450 ans.
Karol Wojtika a eu un parcours exemplaire et étonnant. Né en 1920 dans un village rural de Pologne sans électricité et sans route goudronnée, il a perdu sa mère à l´âge de neuf ans. Il la remplace dans son coeur par la vierge Marie. Ces quelques traits de son enfance vont déterminer le reste: un élève studieux et modèle. Il reçoit une éducation catholique stricte qui va forger son caractère.
Lorsque son père meurt à son tour, il va quitter les études pour aller travailler. Une vie d´ouvrier qu´il n´oubliera jamais et qui explique ses sympathies futures pour Lech Walesa et le syndicat Solidarité, et pour tous les ouvriers et les humbles de la terre. Puis il sinscrit dans un séminaire pour devenir prêtre. Il écrit des poèmes et monte une troupe de théâtre clandestine, en pleine Seconde Guerre mondiale.
Il n´a alors que vingt ans. Mais il était déjà voué à une grande destinée. Curieux de tout, voyageur infatigable, il apprendra plus de dix langues pour être à l´écoute des hommes et des du monde entier. Ses messages urbi et orbi (à la ville et au monde), seront lus dans soixante langues et ce sont toujours des messages de paix, d´amour, de pardon. Il a été le premier pape à avoir réuni à Assises, en Italie, les représentants des principales religions de la terre: chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes.
Polyglotte, on l´a dit, mais il a été surnommé le pape globe-trotter: il fera plus de vingt fois le tour de la Terre, soit plus d´un million de kilomètres, visitera 130 pays en allant dans tous les continents, parlera avec tous les chefs d´Etat du monde, de Fidel Castro à Yasser Arafat, n´hésitant pas à soulever la question des droits de l´homme avec le premier, et à soutenir la cause palestinienne avec le second. Il ira prier devant le mur des lamentations à Jérusalem et se recueillir à l´esplanade des Mosquées. Rien que cet acte est un geste chargé de symboles.
Tout ce qu´il a fait a toujours été dans l´air du temps, y compris ses prises de positions contre l´eugénisme, l´euthanasie, le clonage, le mariage des homosexuels, parce qu´il n´était pas en porte-à-faux, vu qu´il exprimait avec sincérité l´angoisse de l´homme contemporain devant le mystère de la création que les innovations technologiques en constante évolution viennent bousculer. Ce n´était pas du tout un conservateur coincé, mais un homme qui cherchait à comprendre et qui n´hésitait pas à tout moment, à aller à la rencontre des autres, des jeunes qu´il invitait à de grands rassemblements oecuméniques, mais aussi des pauvres, des malades, des déshérités, des marginaux.
Il considérait que la chute du bloc de l´Est, à laquelle il avait contribué, n´était pas une victoire du capitalisme sur le communisme, car le capitalisme est responsable de la faim dans le monde.
«N´ayez pas peur» a été l´une des premières phrases que ce pape non conformiste a prononcée du balcon du Vatican au peuple de Rome, qui avait été surpris de la nomination de ce Slave à la tête de l´Eglise. De fait, il s´est voulu un messager de la paix, proche des humbles du monde entier.