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Dis, pourquoi tu tousses ?

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Le départ de Abdelatif Benachenhou puis de Salah Mentouri, à quelques jours d´intervalle, nous fait penser à ce gag de Fernand Reynaud, dont le héros bassinait au téléphone son oncle, sans lui laisser le soin de pouvoir placer un mot, en lui demandant à chaque fois comme une litanie: «Dis, tonton, pourquoi tu tousses?» mais quand l´oncle a décroché, il lui dit: «Dis, tonton, pourquoi tu tousses plus?».
Beaucoup de gens attendaient , à tort ou à raison, le remaniement gouvernemental, pour voir un véritable démarrage de la réforme. Dans tous les domaines. On disait: c´est Benachenhou qui bloque. Il serre les cordons de la bourse et il ne veut pas nous lâcher les baskets.
Le désormais ex-grand argentier n´a pas donné sa version des faits. Il est parti presque sur la pointe des pieds. Atterrira-t-il à la présidence comme conseiller ou bien a-t-il déjà pris l´avion pour d´autres cieux? N´a-t-il fait que permuter avec Mourad Medelci, comme cela est déjà arrivé dans un précédent remaniement?
En d´autres termes, Benachenhou a-t-il démissionné, ou bien a-t-il été viré? On en sait trop. Dans l´affaire, on raconte l´histoire d´un ordre de mission pour un pays arabe que la présidence aurait oublié, ou refusé de signer. Une simple signature qui a été interprétée comme une fin de mission. Mais ça c´est pour l´anecdote. Ce qu´on veut savoir c´est le fond du problème ! Là on nous dit que c´est un peu compliqué. Benachenhou voulait découpler, paraît-il, le développement et les hydrocarbures, pour faire en sorte que la croissance ne soit plus portée par la seule recette pétrolière. Il voulait, disait-on, une plus grande rigueur dans la gestion des finances publiques, avec un retour sur une certaine orthodoxie libérale. Donc en fait, c´est tout le débat sur le devenir et la destination des 55 milliards de dollars que le président veut injecter dans le plan de relance économique. A l´opposé, il y aurait comme une vision keynésienne, en jouant sur le rôle interventionniste de l´Etat. Une sorte de plan Marshall à l´algérienne, avec des fonds qui ne viennent ni des Etats-Unis ni d´ailleurs, mais de la recette des hydrocarbures. Le chef de l´Etat, qui est l´initiateur de ce projet grandiose, a pourtant peur de passer à l´acte, tant les groupes d´intérêts mafieux sont à l´affût.
Salah Mentouri lui ne serrait aucun cordon de la bourse. Il se contentait de tirer la sonnette d´alarme. D´émettre des critiques. Son rôle ne consiste-t-il pas justement à une fonction d´évaluation indépendante de l´action économique et sociale de l´Etat? D´autant plus que le Cnes compte en son sein les représentants des travailleurs, du patronat, des agriculteurs, des unions professionnelles, des experts venus de différents horizons. Passe déjà que la Cour des comptes, dont les magistrats sont marginalisés, soit mise sur la touche. Mais le Cnes? Des milliards de dollars dorment dans les coffres sans que le pays en tire profit. Il y aurait trop d´inégalités dans le pays et le fossé ne fait que se creuser davantage.
Tel que ces départs sont annoncés, ils apparaissent dans les médias comme un succès du chef du gouvernement. Ouyahia aurait demandé la tête de Benachenhou et de Mentouri ? Il les aurait obtenues. C´est pourtant une victoire qui a un goût de cendre. Ouyahia lui-même ne doit pas tellement apprécier. Au fond, ce sont des victoires à la Pyrrhus. Comme le héros de Fernand Reynaud, Ouyahia pourrait être tenté de demander «Dis, tonton, pourquoi tu tousses plus?». Car s´il n´y a personne à l´autre bout du fil, et si toute voix contraire est neutralisée, le gouvernement finira par dialoguer avec soi-même. Un tête-à-tête pas très réjouissant.

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