Prévisions pour le 22 Aout 2018

 Adrar Min 31 °C Max 42 °C
32
 Laghouat Min 20 °C Max 32 °C
30
 Batna Min 13 °C Max 28 °C
34
 Biskra Min 21 °C Max 33 °C
34
 Tamanrasset Min 26 °C Max 34 °C
30
 Tlemcen Min 18 °C Max 28 °C
32
 Alger Min 20 °C Max 30 °C
32
 Saïda Min 18 °C Max 31 °C
32
 Annaba Min 21 °C Max 29 °C
30
 Mascara Min 17 °C Max 31 °C
32
 Ouargla Min 27 °C Max 37 °C
12
 Oran Min 22 °C Max 26 °C
32
 Illizi Min 27 °C Max 38 °C
34
 Tindouf Min 26 °C Max 42 °C
32
 Khenchela Min 13 °C Max 26 °C
34
 Mila Min 15 °C Max 30 °C
34
 Ghardaïa Min 25 °C Max 35 °C
30
Accueil |Chroniques | A pile ou face |

Cache-misère

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

Chez l´épicier du coin, la vieille femme a acheté deux ou trois choses de consommation courante, - sucre, café, sel, pâtes - et règle la note en comptant sa petite monnaie dans la paume de sa main. Quand l´épicier lui présente les provisions dans un sac en cellophane transparent, elle a comme un haut-le-coeur et s´écrie d´une voix étouffée, au grand étonnement des autres clients : «Ecoute mon fils, ne peux-tu pas les mettre dans un sachet noir?». Ne s´attendant pas du tout à une telle remarque, le commerçant lui dit : «Je n´en ai pas, yema ! Ça été enlevé de la circulation». La vieille femme le regarde d´un air dépité : «Comment vais-je faire, alors ? Toutes les voisines vont voir ce que j´ai acheté».
Oui ! Qu´y a-t-il de mal à ce qu´une vieille femme rapporte chez elle un peu de sucre, des pâtes et du sel ? De prime abord, il n´y a là rien de choquant. Et pourtant elle est choquée. Sa pudeur naturelle refait surface. Pendant plus de deux décennies, on a été habitués à se trimballer avec ces sachets noirs. Tout le monde y trouvait son compte : les fabricants, les commerçants, et bien sûr les clients.
On ne sait jamais ce qu´il y a dedans. C´est si discret qu´on peut tout transporter sans se faire remarquer. Mis à part les achats quotidiens pour la famille, il suffirait d´un peu d´imagination pour deviner tout ce qu´un Algérien anonyme peut trimballer dans un sachet noir, y compris les effets de contrebande, comme la drogue, les armes, ou peut-être des devises. En l´absence de l´utilisation du chèque et de la télé compensation, des milliards en euro, en dollar ou en monnaie locale passent ainsi de main en main dans l´opacité la plus totale.
Avec la disparition du sachet noir, il va sûrement falloir inventer d´autres modes d´emballage, pour dissimuler aux yeux des curieux toutes ces petites choses qu´on n´a pas spécialement envie de montrer et qu´on essaie de faire circuler dans la discrétion. En réhabilitant l´utilisation du chèque bancaire dans les transactions, peut-être, ou la poubelle esthétique pour les ordures ménagères.
Mais comme on l´a vu avec l´exemple de la vieille femme, beaucoup de citoyens ne transportent rien de répréhensible ou qui soit puni par la loi, c´est juste une question d´habitude, la pudeur prenant souvent le dessus sur le m´as-tu-vu et l´ostentatoire.
C´est un comportement qui est l´opposé de ceux qui aiment rouler des mécaniques, exhiber les bolides, la voiture dernier cri, la chaîne en or, les vêtements griffés...
Il y aussi beaucoup de femmes qui vivent leur foi en toute simplicité et qui ne portent le voile que parce qu´il leur permet de ne pas montrer en public leurs vêtement usés ou délavés.
Au moment où les autorités chargées de l´environnement ou de la santé des citoyens recommandent l´abandon du sachet noir et son remplacement par des emballages mieux indiqués, il y a toute une frange de la société à laquelle cela demande un effort supplémentaire pour en comprendre les enjeux, et surtout pour sortir de leur coquille, de leur timidité. Et comment faisait-on avant l´invention du sachet noir? Il y avait les couffins et les paniers en sparterie, en toile. C´était à la fois beau et discret. Et puis une «modernité» de circonstance a pris le dessus, aidé par le sous-investissement et les contraintes de la décennie noire.
Qu´est-ce qui pouvait le mieux correspondre à la décennie noire que le sachet noir, lorsque les ordures s´amassaient devant les portes cochères des bâtiments dans des sachets noirs, assez souvent éventrés, attirant toutes les bestioles du quartier, invitant au même festin les rongeurs et les félins, au grand bonheur des moustiques qui dansent la danse du scalp en attendant de prendre d´assaut les fenêtres des appartements.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha