Fausses notes

L´économie algérienne peine à décoller, et pourtant, lorsqu´on y regarde de près, on voit que toutes les conditions sont réunies pour qu´il en soit autrement.
En 1962, sept ans de guerre ponctués de deux années de terrorisme de l´OAS, avaient détruit les soubassements et les infrastructures économiques, culturelles et sociales du pays. Le départ massif des Européens avait fait que le pays s´était retrouvé sans encadrement, sans administration, sans banquiers et sans ... tout. Pour mémoire, il y avait un seul médecin pour plus de dix mille habitants. Ce n´est pas le cas aujourd´hui. Des milliers de cadres ont été formés par l´université algérienne : médecins, ingénieurs, juristes, linguistes.... Il y a même des universitaires au chômage. C´est dire. Quant aux caisses de l´Etat, surtout grâce à la bonne tenue du prix du baril de pétrole, elles n´ont jamais été aussi pleines.
Alors qu´est-ce qui bloque ? Quel est ce grain de sable qui fait grincer la machine.
Vous allez voir qu´une fois de plus, la Banque mondiale va décerner à l´Algérie une mauvaise note. Son rapport, qui se rapporte à 209 pays et s´appuie sur 352 critères, prend en considération le facteur de la bonne gouvernance: c´est-à-dire la bonne utilisation des deniers publics au bénéfice des population. L´enseignement, le logement, l´alimentation, la santé, l´emploi, l´accès à l´eau potable, sont autant de critères qui sont retenus pour apprécier la bonne gouvernance, mais aussi cet autre facteur très important: la lutte contre la corruption.
Cette dernière peut prendre mille et un visages, aussi hideux et repoussants les uns que les autres. En signant l´accord d´association avec l´Union européenne, et en s´apprêtant à accéder à l´Organisation mondiale du commerce, l´Algérie met un terme à des décennies d´autarcie. Elle accepte donc de rejoindre, comme on dit, le concert des nations, c´est-à-dire à entrer dans l´orchestre. Mais quand on entre dans l´orchestre, on doit accepter de ne pas faire de fausses notes.
Dans un grand ensemble musical, les partitions sont écrites. Il y a un solfège, des instruments, un chef d´orchestre qui tient la baguette et dirige le récital. Parfois, quand c´est un opéra, il y aussi une chorégraphie. Les pas et les figures de danse sont programmés. Quand on danse avec les loups, encore faut-il connaître leur langage. Certes, c´est toujours bon de savoir qu´il y a quelque chose comme trois cent mille PME-PMI, sachant que c´est la petite entreprise qui est le moteur du développement, et que dans les pays industrialisés, il en naît des centaines de milliers par an, alors que d´autres font faillite. C´est cette dynamique qui permet justement à l´économie de se développer. Il était de bon ton, il y a quelques années, de rejeter toute critique venant de l´étranger, en y voyant une forme d´ingérence, surtout lorsqu´on pousse des cris d´orfraie en criant «à l´impérialisme».
Mais aujourd´hui, on n´en est plus là. Lorsqu´on est passé sous les fourches caudines du FMI pour bénéficier d´un ajustement structurel et d´un rééchelonnement de sa dette, on sait le prix de l´indépendance. Ce sont la dette extérieure et les divisions internes qui ouvrent la voie à l´ingérence étrangère. Cela a été déjà dit, aussi bien par Bennabi que par ses disciples en Algérie. L´Algérie a connu ces deux calamités.
Qu´est-ce qu´on voit : le principal de la dette baisse. Les réserves de change ont augmenté. Le pays a engrangé des milliards de dollars. Reste la bonne gouvernance : avec tous les cadres qu´a formés l´université, des institutions fiables, des lois au diapason, des scrutins qui arrivent à échéance pour organiser l´alternance à tous les niveaux, il reste à savoir ce qui bloque le développement du pays, ces tonneaux des Danaïdes où s´engouffrent les deniers publics, sans que la population puisse en profiter.