Mémoire d’un microbe

La rencontre de football qui devait opposer la sélection algérienne à son homologue angolaise le 5 juin prochain à Luanda pour le compte de la 7e journée des qualifications combinées du Mondial et de la CAN 2006, a été reportée au 17 août 2005, a annoncé la Fédération algérienne de football (FAF) qui précise que le renvoi du match a été décidé par la Fédération internationale de Football (Fifa) en raison de l´épidémie (virus de Marburg) sévissant actuellement en Angola. Oui, les microbes, virus ou bactéries, voyagent et ne connaissent pas les frontières, les passeports et les visas. Que ce soient le sida, la grippe aviaire ou le Stras, l´homme reste le principal vecteur de transmission, mais les autres vecteurs aussi sont redoutables : poulets, pigeons, moustiques, chiens, rats ou chats, et pourquoi pas le sirocco, l´harmattan ou la ... tramontane. Qui plus est, les récentes découvertes de la génétique permettent de faire la traçabilité et le parcours suivis par la maladie, aussi bien à travers le temps qu´à travers ses pérégrinations géographiques. C´est ainsi que les recherches menées par une équipe conduite par Marc Monnot et Stewart Cole de l´Institut Pasteur (France) associée notamment à Patrick Brennan (université du Colorado), qui ont travaillé sur le génome du bacille de la lèpre, dessinent une autre carte de sa migration. Les historiens avaient pensé jusque-là que ce sont les soldats grecs d´Alexandre le Grand, de retour de l´Inde, qui l´auraient rapporté au cours de leur retraite, cinq siècle avant notre ère.
Mais l´étude comparée des génomes des bactéries , connue sous le nom de Mycobacterium leprae depuis les travaux du Norvégien Hansen en 1873, provenant de prélèvements recueillis chez des malades de vingt et un pays des cinq continents, indique que la maladie n´est pas originaire d´Asie (Inde) mais plutôt de l´Afrique de l´Est, ou peut-être du Proche-Orient. Elle aurait ensuite été répandue, au fil des siècles, dans les cinq continents. C´est le commerce des esclaves africains qui aurait été le vecteur principal de sa propagation. Nous apprenons aussi que 500.000 cas de lèpre sont enregistrés chaque année dans les pays pauvres, avec la précision que le Brésil, l´Inde, Madagascar, le Mozambique, le Myanmar (Birmanie) et le Népal concentrent 90 % des cas. Il y a environ 2,8 millions de personnes qui en souffrent, essentiellement dans les zones tropicales et subtropicales de la planète. Elle laisse des séquelles indélébiles chez les sujets atteints, au point d´être surnommée la maladie de la honte. Ce fléau, qui est considéré comme la maladie des pauvres, n´a pas été fort heureusement détecté en Algérie, au contraire de la peste bubonique et de la tuberculose qui ont fait leur réapparition au cours de l´été 2003. En clair, tout cela veut dire quoi ? Eh bien ceci : bien que les scientifiques soient parvenus à lire le génome humain ou celui des virus et des bactéries, et qu´on ait annoncé à l´occasion l´imminence des médicaments génétiques, il n´y a pas de doute que les maladies arrivent à résister au temps et aux remèdes des hommes. Il y a même de nouvelles maladies qui font leur apparition, comme la fièvre Ebola ou le virus de Marburg, en Angola, tout comme le sida avait pris le monde scientifique de court il y a quelque vingt années, soit au début des années quatre vingts. En outre , certains films de politique fiction pointent du doigt les recherches des laboratoires militaires visant la mise au point d´armes chimiques ou biologiques.
On peut certes aujourd´hui décrypter le génome du bacille de la lèpre et décrire ses pérégrinations à travers le temps et les ères géographiques, comparer différentes souches, mais on n´est pas parvenu à éradiquer cette maladie. Là est le drame de l´homme moderne.