Temmar et le saut à l’élastique

La privatisation, selon Hamid Temmar, c´est le saut dans le vide sans filet et sans parachute. Durant toute la période où il était à la tête du département du Mppi (ministère de la Participation et de la Promotion des Investissements) il y eut beaucoup plus de communication (pour défricher le terrain) que de réelles réalisations.
C´est vrai qu´il fallait d´abord expliquer le bien-fondé de l´opération, en convainquant le partenaire social (les travailleurs et leur représentant syndical) de la nécessité d´aller vers l´économie de marché en s´appuyant entre autres sur les privatisations. L´Ugta était contre une telle démarche et l´avait fait savoir, d´autant plus que le milieu des années 90 s´était fait remarquer par le démantèlement de nombreuses EPE et la mise au chômage de centaines de milliers de travailleurs.
Dans l´immense bras de fer qui était engagé entre Monsieur Privatisation et les travailleurs, Hamid Temmar était devenu la bête noire des fédérations syndicales. Elles ont fini par avoir sa tête, puisqu´il a dû céder son portefeuille, et c´est quelqu´un d´autre, à savoir Yahia Hamlaoui, adjoint direct du chef du gouvernement, qui a finalement chapeauté l´opération.
Dans le bilan que doit présenter M. Ouyahia le 22 mai devant les députés, au palais Zirout Youcef, on apprend que ces opérations de cession partielle ou totale du capital des entreprises ont rapporté au Tésor de l´Etat 33,6 millions de dinars.
L´inventaire fait apparaître que 117 cessions totales d´actifs d´entreprises ont été réalisées, dont 16 briqueteries, six unités d´eau minérale et 6 unités agroalimentaires, alors que 25 opérations de partenariat par ouverture de capital des entreprises publiques , dont 17 avec des entreprises étrangères, notamment françaises, espagnoles ou à un degré moindre arabes ont été conclues. Dans le même temps, l´option reprise par les travailleurs a touché 33 unités.
Le chef du gouvernement est donc à l´aise pour vanter les résultats de son gouvernement, lui qui aime aligner les chiffres, d´autant plus, une fois n´est pas coutume, qu´il peut se cacher derrière la préservation de 8878 postes d´emploi, tout en annonçant que 5500 autres seront créés, et cela même s´il y a une ombre au tableau: le flou qui a entouré la reprise d´Enasucre par Blanky, qui a fini par jeter l´éponge.
La bataille idéologique ayant été gagnée, puisque la centrale syndicale a donné son aval au processus de privatisation, il reste à se demander si M.Temmar pourra faire mieux. Déjà, au cours d´une réunion qu´il a eue avec les directoires des SGP, à la résidence Djenan El Mithaq, (voir le QO d´avant-hier), il remet en cause l´essentiel de la démarche, contestant le cumul qui consiste, pour les SGP, à faire l´évaluation des entreprises publiques et à piloter les négociations pour l´ouverture de leur capital.
Avec de telles directives et un tel état d´esprit, d´aucuns se demandent si on ne va pas revenir au saut à l´élastique, au dessus de l´oued Rhummel, à partir du pont suspendu! Peut-être que M.Temmar est plus un brillant théoricien qu´un homme d´action.
Ce qui a sans doute fait le succès du travail de Yahia Hamlaoui, réside dans la confidentialité de l´opération. Des faits, des faits, mais peu de poudre aux yeux.
Hamid Temmar est certainement un conférencier émérite, presque du même niveau qu´Henry Kissinger, il maîtrise les concepts et sait dorer la pilule pour faire passer son message, mais à l´épreuve des faits, d´autres qualités sont peut-être requises.
Son absence d´Algérie pendant des décennies et son passage aux institutions internationales lui a fait oublier les arcanes et les subtilités bien huilées de notre bureaucratie.