La radio Chaine I fait sa mue

Pendant des décennies, la Chaîne I de la Radio nationale n´était pas vraiment un sous-produit de l´annexe de la radio égyptienne. Car pour cuex qui éventuellement peuvent capter ette dernière, il ne fait aucun doute qu´elle est faite par des professionnels, et qu´elle est dans la mesure du possible imaginative et diversifiée.
Ce qui n´était pas du tout le cas de la Chaîne I algérienne qui était vraiment un anachronisme culturel et médiatique : côté musique, elle ne diffusait pratiquement que des chansons orientales datant des années trente ou quarante, des chansons qu´on n´écoute presque plus dans leurs pays d´origine. Côté actualité, les informations qui étaient débitées au journal radiophonique étaient taillées dans la langue de bois la plus rustre, et étaient lues sur un ton grandiloquent et ampoulé qui n´a pas eu son exemple dans les annales de l´histoire des médias. Tous les autres programmes étaient faits dans le même moule: passéiste, fossilisé, avec une tendance à la redondance et à la tautologie qui allait bien avec la scie ronronnante de l´encensement du régime.
Le côté propagande et paternaliste ressortait d´autant mieux que les animateurs et les producteurs des émissions se prenaient pour des maîtres d´école s´adressant à des cancres. Alors que les responsables de la Chaîne Une essayaient d´imposer un genre de chansons officielles écrites par des poètes et des compositeurs de cour, un autre genre était en train de naître et de se développer dans les endroits underground et les milieux marginalisés de la société. C´était le raï. C´est la raison pour laquelle, quels que soient les griefs que certains essaient d´adresser à ce genre (en insistant par exemple sur la «vulgarité» des paroles), le raï est une musique qui a porté dans ses entrailles la subversion et la contestation, et à ce titre, il est une bouffée d´oxygène. Avant de devenir une musique qui s´exporte bien et qui passe sur les chaines musicales de toute la planète, voire même sur les garndfs networks, le raï s´est fait son petit bonhomme de chemin dans les bas quartiers de Sidi Bel abbès, de saida et d´Oran avant de gagner tous le territoire algérien où il fut adopté par un public de plus en plus nombreux. Bien qu´il fût banni des ondes de la radio et de la télévision, il a pu conquérir le marché grâce à la readiocassette.
Bien que né chez nous, dans l´Oranais, sur les anciens airs et mélodies, le raï s´inscrit dans la lignée du rock, c´est-à-dire qu´il s´intègre facilement dans ce qu´on appelle la culture de masse.
A l´ère du disque laser, des clips vidéo et du numérique, il devenait hasardeux d´ignorer, voire de marginaliser, un tel phénomène. La prouesse de la radio Chaîne I, bien après El Bahdja il est vrai, a été d´avoir compris le message de cette musique et de l´avoir à son tour popularisé. Cela dit, le raï n´est pas la seule nouveauté introduite par cette chaîne. Désormais, on peut aussi apprécier à toute heure de la journée du chaâbi, de l´auressien, sétifien, le bédoui...En fin de compte, elle a compris tout l´intérêt qu´il y a à se mettre à la page, en diffusant en priorité tous les genres musicaux algériens, parce que nous avons un patrimoine très riche et très varié, qui ne demande qu´à être découvert.
Mais la musique n´est pas la seule innovation de la chaîne I. L´auditeur peut remarquer que les journaux radiophoniques sont mieux faits, avec beaucoup moins de langue de bois (même si l´emballage n´a pas beaucoup changé). Il y a aussi des émissions culturelles, et des débats politiques qui se laissent suivre.