Le Grand Bleu

Un Italien, un Français, une Américaine et... un dauphin. Quatre personnages. Deux hommes, une femme, un animal aquatique, certainement le plus intelligent et le plus affectueux de tous. Cela a suffi pour faire un film magnifique, le Grand Bleu. C´est-à-dire que quand des metteurs en scène français quittent le vaudeville camembert ou boeuf- carotte, cela donne des chefs-d´oeuvre comme Le 5e élément, avec Bruce Willis, ou Deux frères, histoire de deux tigres jumeaux que des pilleurs d´antiquités en Asie ont séparés, et des réalisateurs comme Luc Besson ou Jean-Jacques Annaud qui peuvent rivaliser avec leurs pairs d´Hollywood.
Décor : la mer bien sûr. Qui ne fait qu´un avec l´horizon. Et les côtes grecques, siciliennes, australiennes, les glaces polaires. On y parle plusieurs langues, français, anglais, italien, japonais... bousculant toutes les frontières imaginaires que les hommes se sont ingéniés à ériger entre eux, comme des barrières infranchissables. Et des acteurs qui auraient mérité tous les oscars : Rosanna Arquette, bouleversante, Jean Reno, sublime dans un rôle à contre-emploi. Et bien sûr, Jean-Marc Barr, le plongeur apnéiste qui n´est autre que le frère d´un dauphin. Le synopsis nous dit que deux amis d´enfance, devenus plongeurs rivalisent d´audace en tentant tour à tour de battre le record du monde de profondeur.
En réalité, il y a si peu de compétition, et le record du monde n´est pas le véritable enjeu. Certes, il y a là, la fédération internationale de plongée (ou quelque chose d´approchant), qui organise des compétitions et qui remet des coupes dans des cérémonies officielles que les gagnants boycottent pour s´étourdir dans des spaghettis-parties. Mais ce ne sont que des prétextes.
La vérité est ailleurs, dans ce bleu profond qui est si mystérieux. Il est dans l´ivresse des profondeurs, la narcose. Il est dans l´appel de l´élément liquide qui est comme l´utérus de la mer et dans son peuple de dauphins magnifiques. La différence et Titanic et le Grand Bleu vient du fait que dans le film de James Cameron, la mer est démontée, et un iceberg fait couler le plus grand navire de l´époque, qui est lui-même un résumé des inégalités sociales : les aristocrates au-dessus, vivant une véritable croisière avec banquet et bal dansant, et les prolétaires qui vont vendre leur force de travail en Amérique dans les soutes.
Dans le Grand Bleu, la mer est calme, paisible, accueillante, et les deux acteurs se laissent prendre aux chants de ses sirènes, alors que la sirène humaine, cette Johanna, sait qu´elle ne peut pas retenir son compagnon, qui va rejoindre de son plein gré les profondeurs abyssales. Elle portera seule son enfant. De toute façon, comme lui dit sa copine: «Nous sommes seules à le faire.» Un Italien, un Français, une Américaine, un dauphin. De quoi faire un beau film.
50 milliards de dollars. Un pays immense et beau. Des cadres par milliers formés à l´université. Et pourtant, malgré toutes ces potentialités, Ouyahia est incapable de faire un bon programme de gouvernement. Toutes les bonnes choses que la nature et le bon Dieu nous ont données sont vidées de leur substance. Le retour à la croissance? Une chimère. La création d´emplois? Une utopie? En revanche, il y aura des augmentations de prix, encore et toujours, et le pouvoir d´achat des citoyens ne fera que se dégrader.
Malgré un bon scénario, Ouyahia est un mauvais metteur en scène, même s´il prétend faire rêver les Algériens.