C’est fort de café

Aux dernières nouvelles, la tonne de café Robusta dépasserait au marché de Londres les 1300 dollars. Au marché du coin, de certaines villes d´Algérie, le café commence déjà à se négocier à 300 DA le kilo, parfois 380 pour la meilleure qualité. Ainsi donc, même avec un baril à 50 dollars, et une cagnotte de 45 milliards, rien n´empêche la facture alimentaire de flamber, celle des médicaments de donner le torticolis aux familles tellement elle monte haut. Pendant ce temps, au marché aux bestiaux, dans les villes des hauts plateaux, le prix du mouton a dégringolé, se négociant, pour une bête de 15 kilos, dans une fourchette qui oscille entre 5000 et 6000 DA. La raison d´une chute aussi vertigineuse des prix des ovins, alors qu´à la veille de l´Aïd le prix moyen tournait autour de 20.000 DA, pour atteindre allègrement les 50.000 DA dès que la bête payait plus ou moins de mine? Il faut dire que la sécheresse sévit dans la région sud-ouest du pays depuis un bon bout de temps.
En d´autres termes, tant qu´on ne maîtrise pas les caprices de la météo et la disponibilité de l´eau et donc du fourrage, - et ce n´est pas demain la veille que la chose sera possible -, le prix de la viande ovine restera otage des fluctuations du marché, une situation qui fragilise le secteur de l´élevage. Ne dit-on pas qu´on est passé d´un parc de 1600.000 têtes à seulement 800.000? La crise frappe donc de plein fouet le monde de la steppe, de nombreux jeunes coopérateurs qui avaient mis en place des projets dans le créneau se préparent à changer d´activité. La pénurie de l´aliment du bétail, sa cherté, les dettes contractées par les éleveurs, tous ces facteurs se conjuguent pour pénaliser et le producteur et le consommateur, alors que plusieurs bouchers, dans la capitale notamment, ont baissé rideau, les ménagères préférant de plus en plus se fournir en viande congelée d´importation pour assurer un peu de protéines à leur progéniture. Pendant ce temps, on a l´impression que des s´masria et tous les spéculateurs, qui ont la haute main sur la commercialisation de la viande ovine, continuent d´exercer une pression intolérable sur le marché, pour continuer à presser comme un citron les producteurs, au mépris et de la reproduction du cheptel et de la bourse des consommateurs. Ainsi, il semble, aux dernières nouvelles, que les mêmes forces occultes redoublent de manoeuvre pour faire barrage à la construction d´un grand abattoir dans les environs d´Alger, car cela ferait baisser les prix et ruinerait ce qu´ils considèrent comme la poule aux oeufs d´or.
Où est l´erreur dans tout cela? Cherchez bien et vous remarquerez que c´est celle de l´absence criante de l´Etat. Pendant très longtemps , il s´était occupé de tout, y compris de la gestion de l´épicerie du coin. Et voilà qu´il se désengage de tout, oubliant ses deux rôles principaux: celui de prévoir, et celui de réguler le marché. C´est un peu le sauve-qui-peut étatique. Au socialisme spécifique à la sauce algérienne, on voit émerger un capitalisme sauvage, qui échappe totalement au contrôle de l´Etat, un contrôle au sens noble du terme: fixer les règles de la saine concurrence et les faire respecter, veiller à la sauvegarde du bétail et de l´emploi dans le secteur de l´élevage, mettre en place les conditions du développement et de la promotion du monde agropastoral.
Par ces temps de canicule, dans la steppe, il ne fait pas bon être un éleveur ruiné souhaitant se payer un café au prix prohibitif. Il ne reste alors qu´à plier sa tente. Le nomadisme, cette noble tradition ancestrale, est en train de se perdre dans l´indifférence générale.