Prisonniers... mais intelligents

Le taux de réussite aux épreuves du brevet d´enseignement fondamental (BEF) a été plus élevé chez les candidats prisonniers que chez les candidats normalement scolarisés. Déjà, chez ces derniers, le taux de réussite est de 45,452% chez les filles et de seulement 37,65 % chez les garçons. Ces chiffres invitent à plusieurs lectures : les études étant un moyen de promotion sociale, ce sont les filles qui s´accrochent le plus. Elles sont plus bûcheuses, plus assidues, moins bavardes en classe, alors que les garçons sont généralement plus paresseux, sèchent plus les cours et sont plus ... turbulents. Ce facteur ne se remarque pas seulement à l´examen du BEF, mais il s´étend à tout le cycle scolaire. Il s´accentue encore plus au lycée et devient frappant à l´université, qui tend à se féminiser au fil du temps. Dans certains amphis, notamment dans les filières littéraires et les sciences humaines, le nombre de filles dépasse largement celui des garçons. Ces derniers, en majorité victimes toutes désignées de la déperdition scolaire, commencent à courir les rues dès la fin du fondamental.
A tort ou à raison, eux qui voient leurs aînés diplômés végétant dans le chômage, ou bien mal payés, pensent que les études ne servent à rien. Un trabendiste débrouillard gagne mieux sa vie qu´un fonctionnaire ou un cadre, même dans une entreprise. La voie est ainsi toute tracée. En dehors du trabendo, point de salut clament-ils. Ils sont à la quête d´un visa, qui leur permettrait, espèrent-ils, d´aller tenter leur chance sous d´autres cieux, quitte à s´embarquer dans les soutes d´un navire, en parfaits clandestins, pour échouer à Lampedusa ou être rejetés par la mer.
Tel n´est pas le raisonnement des filles, qui ne peuvent pas aussi allégrement s´adonner aux activités informelles. Elles se destinent généralement à certains corps de métier, comme l´enseignement, la médecine, le secrétariat, voire l´informatique et tous les créneaux de services qui tournent autour de la communication, du tourisme, de la coiffure, de l´esthétique. Même quand leur futur mari les oblige à rester à la maison, elles sont toujours rassurées d´avoir un diplôme en réserve qui leur ouvrirait en cas de divorce, les portes d´un emploi rémunéré. Pour elles, un salaire est la garantie d´une indépendance acquise sur les bancs de l´école, par la sueur, l´assiduité, voire le parcoeurisme.
Les prisonniers sont un peu dans un raisonnement similaire. Les études sont non seulement la meilleure manière de supporter leur séjour carcéral, mais en plus, cela leur donne plus de chance de réinsertion sociale. En outre, tout le monde sait qu´on travaille bien sous la contrainte ou sous la pression.
C´est la raison pour laquelle on peut prendre au sérieux le communiqué du ministère de la Justice qui informe que sur les 525 détenus qui se sont présentés à l´examen du BEF, 259 ont été reçus, soit un taux de 49,33%. La conclusion qu´en tire le communiqué est la suivante: «Ces résultats reflètent l´effort appréciable consenti par les responsables chargés de l´enseignement et de la formation en milieu carcéral». Faut-il mettre tous les ados révoltés en taule pour les obliger à réussir le BEF. En tout cas, on attend les résultats du bac pour savoir si la même performance est possible.
Autre chose, nous ne connaissons pas l´âge des heureux lauréats. Sachant qu´un élève scolarisé a un âge moyen de 14 ans, si l´âge moyen des détenus se situe dans la même fourchette, on peut alors s´inquiéter, car il y aurait quelque chose qui cloche, non seulement dans le système carcéral, mais dans notre société. La place d´un enfant de quatorze ans n´est pas en prison.