La leçon de Moussa

Le ministre du Tourisme, Nourredine Moussa, a réagi avec beaucoup de tact et de bon sens à la question d´un journaliste qui s´inquiétait à tort, de la venue des touristes pieds-noirs en Algérie, notamment à Tlemcen. «Nous au ministère, a-t-il dit, nous considérons que les pieds-noirs sont des touristes comme les autres. L´Algérie est un pays accueillant.» Un tel propos n´a même pas besoin de commentaire.
Le ministre a eu raison de penser qu´il n´y pas du tout lieu de classer les touristes en plusieurs catégories, et qu´il serait malsain de politiser une activité par essence rentable et qui est la source de devises fortes dans beaucoup de pays voisins, qui n´ont pas de pétrole, mais qui ont des idées. Ce sont des idées simples fort heureusement, et qui rapportent gros au budget de l´Etat.
L´idéologie ultra-nationaliste (en fait tout ce qui est ultra est nocif), est une idéologie qui est en retard d´une guerre de libération. N´est-ce pas qu´il y a un temps pour tout? 1962 est bien loin derrière nous. Une page est tournée. Une nouvelle donne est là.
Si des Algériens de toutes conditions sociales se rendent en France en toute liberté, soit pour y travailler, soit pour y étudier, soit tout simplement pour faire du tourisme, il est donc normal que les Français de toutes conditions visitent l´Algérie, pour y travailler, investir, ou pour faire du tourisme. C´est la loi de la réciprocité. Vous vous rendez compte que c´est une chance inouïe, qu´à côté du tourisme balnéaire ou autre puisse exister un tourisme de mémoire? N´est-ce pas formidable que des peuples viennent en Algérie en pèlerinage, à Tlemcen pour visiter le temple hébraïque, ou à Annaba pour visiter la cathédrale de Saint-Augustin, à Bologhine pour visiter le cimetière chrétien, ou au Hoggar pour aller se recueillir sur le sanctuaire de Charles de Foucault. N´est-ce pas une chance incroyable pour ce pays d´avoir autant de sites touristiques, archéologiques, historiques, des sites que nous n´avons pas su valoriser? Avoir du soleil, des plages, des montagnes enneigées, des oasis, les balcons de Rhouffi et la grotte merveilleuse de Jijel, peu de pays peuvent se vanter d´avoir autant de trésors. Ne parlons pas des monuments qui remontent à toutes les époques, depuis la période atérienne jusqu´à la smala de l´émir Abd El Kader, on n´a pas fini d´égrener toutes les richesses de ce pays, la kalaâ des Beni Hammad, le minaret de Mansourah, les ruines de Timgad ou de M´daourouch, les mille coupoles de Oued Souf, les ksours de Timimoun.
Non seulement tout cela fait partie de notre patrimoine historique, mais en plus c´est un capital inestimable du point de vue culturel et économique, et ce n´est pas la chape de plomb idéologique qui y changera quoi que ce soit.
En résumé, l´activité touristique est une activité industrielle comme les autres. Plus que ça, c´est une activité économique qui est saine, non polluante, et qui établit des relations humaines très riches et très denses entre les visiteurs et leurs hôtes. Elle met en valeur les traditions d´hospitalité d´un pays, renforce ses capacités d´accueil, consolide le savoir-faire des opérateurs, appelle à la promotion de toutes les ressources ingénieuses du pays. En outre, le tourisme s´inscrit tout naturellement, tout comme l´agriculture du reste, dans ce qu´on appelle le développement durable. Non seulement, un site touristique ne dégage pas de gaz carbonique, mais en plus c´est une activité créatrice d´emplois. C´est le secteur des services par excellence, un secteur qui permet l´épanouissement de beaucoup d´activités parallèles comme l´hôtellerie, la restauration, le transport, la publicité.