Peu de sable et des tonnes de problèmes

Très souvent, les chiffres parlent mieux que mille discours. Ainsi, en matière d´habitants, le gouvernement a programmé un million de logements à l´horizon 2009. Pour ce faire, les besoins en sable de construction sont estimés, à l´heure actuelle, à 35 millions de tonnes annuellement. L´Algérie n´en produit actuellement quelque 48 tonnes. Cela vous donne un idée de l´effort qu´il reste à fournir pour satisfaire la demande en sable de carrière provenant des unités de concassage, qui sont bien insuffisantes. Où est le problème? Il est dans le fait que l´expolitation effrénée du sable de rivière et de mer est aussi vieux que les rides de Mathusalem, mais ce n´est que maintenat que l´on prend conscience de la menace qui pèse sur l´environnement et les nappes alluviennes.
Un récent conseil de gouvernement avait décidé de généraliser l´utilisation du sable concassé. Il vaut mieux tard que jamais. Entre-temps, le prix du camion de sable frise le sommet de l´Himalaya, et de nombreux chantiers sont pratiquement à l´arrêt. La spéculation bat son plein. La mafia du sable se lèche les babines. On se demande quelles mesures ont été prises pour faciliter l´ouverture de nouvelles carrières, malgré le fait que 415 carrières et 58 gisements aient été agréés depuis 2001, soit depuis l´adoption de la loi sur les mines présentée par le ministère de l´Energie et des Mines. En outre, le gouvernement a déposé le 14 juin dernier sur les bureaux de l´Assemblée populaire nationale un avant-projet de loi sur l´eau portant interdiction d´exploiter le sable fluvial à l´horizon 2006.
On reste là devant un dilemme assez dramatique, voire inextricable, à savoir que les activités «industrieuses» de l´homme qui visent à améliorer la qualité du cadre et de la qualité de la vie, débouchent assez souvent sur la dégradation de l´environnement. Bien sûr tout un chacun rêve d´améliorer ses conditions de vie et celui de sa petite famille, de gagner un meilleur salaire, de se construire un nid, et c´est légitime, mais on voit que ces activités génèrent des nuisances soit par des rejets de gaz carbonique dans l´atmosphère, de produits chimiques dans la nature et les cours d´eau, ou de destruction des lits des oueds par les extractions de sable, comme c´est le cas en Algérie. Ces dégradations touchent surtout le centre du pays, mais les autres wilayas ne sont pas en reste et connaissent leur lot de dégradations. C´est l´une des choses les mieux partagées.
Autre chose de troublant: le sable concassé ne convient paraît-il que pour certaines opérations, comme la pose des dalles de sol. Alors, à quand un sable de carrière utilisé dans le béton? En la matière, la campagne d´explication entamée par les pouvoirs publics reste largement insuffisante. A moins que l´option de commencer les constructions par la pose des dalles de sol avant le béton n´ait été prise à l´insu des utilisateurs, particuliers ou entreprises. Dès qu´on parle de l´habitat et de la crise du logement, tout se passe comme si en la matière, l´Algérie avait décidé de faire tout le contraire de ce qu´il aurait fallu. Sur le plan législatif, la réglementation n´est pas faite pour encourager le système locatif, ce qui fait que des milliers d´appartements demeurent fermés, alors qu´ils auraient pu aider à largement résorber le déficit et offrir un toit à tout citoyen qui le désire. Sur le plan technique, on a ce problème épineux de la pénurie de sable qui peut, du jour au lendemain, remettre en cause les prévisions et les plans de construction du gouvernement.