Un non-système

Avec la dernière sortie de Belkhadem, la polémique rebondit sur les différends réels ou supposés entre le FLN et le RND. On est un peu dans le cas de figure suivant: 0le FLN veut se présenter comme le parti de la réflexion et donner de lui-même l´image d´une force de proposition, en confinant le RND dans le rôle de suppôt de l´administration. Le FLN a toujours perçu le RND comme un rival, son seul peut-être. Après avoir échappé à la tornade «fissiste», - au début des années 90, perdant dans un vote sanction les élections locales puis législatives, - une tornade qui a failli l´emporter, le FLN s´est rendu compte qu´il est piégé au plus haut sommet de l´Etat et aux échelons intermédiaires par une formation qui est censée être son double mais qui lui fait de l´ombre. Et en gros, voilà ce que dit le vieux parti : même s´il s´arrange toujours pour apparaître comme le sauveur de la République lorsque les circonstances l´exigent, le RND garde les réflexes d´un parti qui a été créé ex nihilo et dans des conditions d´urgence, et où le militantisme n´a pas eu le temps de mûrir et de se bonifier. Jusqu´à preuve du contraire, dit-il, le RND n´a pas mis en place des clubs de réflexion, d´étude, de prospection, de proposition. Quelques universités d´été mal préparées viennent rappeler bon an mal an, d´été en été, que l´agitation du RND se limite à quelques apparitions publiques de ses responsables, sans message pour le développement de la nation. Pour le FLN, son rival, ou son émule, ne porte pas en lui un projet de société digne de lui-même. Même si cela n´est pas dit clairement, on voit que c´est dans les non-dits que le FLN est fort. Lorsque lui fait la promotion pour tel ou tel sujet politique, il laisse entendre que cela va contrarier les instances du RND. Qui plus est, la critique la plus acerbe que semble adresser le FLN au RND est la suivante : enfant du système, le RND est son meilleur défenseur. En d´autres termes, il bataille pour la reproduction du système tel qu´il est, avec sa rente, sa nomenclature, ses clans, son establishment. Il n´est pas question pour lui de bousculer l´ordre établi, et qui repose sur un équilibre patiemment édifié au cours des décennies. Le FLN dit à peu près la même chose à propos de la Constitution: si le RND s´oppose à sa révision, c´est parce qu´il voudrait perpétuer l´ancien système, dont le général Touati a dit qu´il est un non-système: il n´est ni présidentiel, ni parlementaire, ni démocratique, ni dictatorial.
Le FLN propose-t-il autre chose? A travers sa campagne pour la révision de la Constitution, entre autres, il veut montrer qu´il est pour le changement, mais surtout il veut faire d´une pierre deux coups. D´abord, montrer qu´il est le soutien le plus actif d´un troisième mandat pour le président de la République, et en même temps, il en profite pour réclamer ce qu´il estime lui revenir de droit : la chefferie du gouvernement.
Pour sa part, le RND, qui se présente comme le parti démocrate par excellence, voudrait bien continuer à coller au pouvoir et donc à la chefferie du gouvernement à peu de frais. Il fait le dos rond en attendant que le vent de la campagne du FLN passe. Arriveront alors les élections et il sera aux premières loges pour en contrôler le déroulement et renforcer sa position au sein des assemblées élues, notamment au Parlement. Il pense alors enlever au FLN son argument favori, celui de parti majoritaire au Parlement.
Ce que l´on peut constater néanmoins, c´est que le débat entre les deux partis de la majorité, qui forment le pivot de l´Alliance présidentielle, n´apporte aucune idée novatrice pour le pays. C´est surtout une guerre de positions, chacun attendant l´autre au tournant. Le RND reste marqué par l´hégémonie de l´administration, dont il est l´émanation, quant au FLN, qui se prévaut de son prestige historique, il s´endort sûrement sur ses lauriers.